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Mardis de l’ESSEC : Les médias 2.0, révolution ou adaptation ?

Mardis de l'ESSEC

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20/01/2020

Les Mardis de l’ESSEC ont reçu Claire Carrard, directrice de la rédaction de Courrier International, Éric Fottorino, co-fondateur de l’hebdomadaire Le 1, et Rémy Buisine, journaliste chez Brut, pour une table ronde sur l’avenir des nouveaux médias. 

Les trois intervenants ont d’abord défendu leurs modèles économiques respectifs. Éric Fottorino a revendiqué le « zéro publicité » et un modèle économique fondé sur une base régulière de 30 000 lecteurs. Il n’en a pas moins reconnu la difficulté de se passer des annonceurs, notamment pour les publications à forts tirages et paginations, rappelant par exemple qu’ « un exemplaire du Monde sans publicité coûterait 28 € ». Claire Carrard a confirmé que Courrier International ne pouvait pas se passer de cette source de revenus, qui génère encore 10 % de son chiffre d’affaires, tout en expliquant que les abonnements digitaux et l’organisation d’événements en partenariat avec une agence spécialisée nourrissaient une part croissante de son budget. Brut de son côté a lui aussi atteint la rentabilité (en France) grâce aux publicités, diffusées avant et pendant le visionnage des vidéos. 

Au feu le papier ?

Dans ce contexte économique contraint, la question de l’avenir du support papier a fait particulièrement débat. Claire Carrard s’est montrée nuancée : « Je ne pense pas que le print va mourir. Certains journaux ciblés vont perdurer car ils sont focalisés sur une niche. Mais je suis plus inquiète pour les hebdos généralistes. » Éric Fottorino a fait preuve d’une plus grande sévérité : « Les médias classiques ont perdu la bataille du temps réel. L’accélération de l’information est telle que l’idée même d’un quotidien papier est remise en cause. » Avant de nuancer : « Le papier n’a pas dit son dernier mot. » 

Car le tout digital, tant annoncé, n’est pas non plus la panacée. Claire Carrard a pointé la difficulté de trouver un modèle viable dans ce domaine : « Le temps de la mettre en œuvre, la technologie est déjà périmée. » Autre écueil selon Éric Fottorino : « Il reste très peu de pure players à part Mediapart. Les courbes se sont croisées entre les abonnés papier et web, mais c’est toujours le papier qui rapporte du chiffre. »

Trouver l’équilibre

Qui dit difficultés financières, dit dépendance aux financeurs. Au détriment de l’indépendance éditoriale ? En aucun cas, selon les trois invités. Claire Carrard est formelle : « Je n’ai jamais vu un actionnaire interdisant un article, ni un journaliste s’autocensurant. L’étanchéité avec les actionnaires est même inscrite dans les statuts. » Elle reconnaît cependant qu’il peut être « compliqué de dire non à un annonceur qui rapporte beaucoup ». 

En somme, la garantie d’un bon journal, c’est d’abord de bons journalistes, capables de respecter la déontologie et de regarder le monde à hauteur des citoyens. C’est le seul moyen de réconcilier les lecteurs avec la presse, à l’heure de la prolifération des fake news. Comme le résume Éric Fottorino : « Nous vivons dans une société de défiance.» D’où l’importance de l’éducation aux médias, dès l’école, selon Rémy Buisine : « Il faut dialoguer avec la jeune génération pour mettre fin aux théories du complot. »


Retrouvez l’intégralité du débat en vidéo

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Illustration : ©Noir sur Blanc

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