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#1mois1Alumna Engagée Helena CHARRIER E(12) - « La prise en compte des enjeux de durabilité est une nécessité financière»

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Sustainable Business

05/03/2026

Helena est un exemple grâce à son parcours dans le domaine de la finance durable. 

Depuis 2021, elle est responsable des Solutions ISR du groupe LBP AM, gestionnaire d’actifs européen spécialisé dans la finance durable. Elle est également membre de la Commission Climat et Finance Durable de l’AMF et administratrice du Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) et de son pendant européen, l’Eurosif. 

Précédemment, elle dirigeait la politique d’investissement responsable du groupe Caisse des Dépôts, qu’elle a rejoint en 2012 en tant que directrice de projet ISR, avant de devenir directrice adjointe des politiques durables. Elle était précédemment analyste ESG chez Oddo Securities et Axa IM. 


E.S.B. : Quel est ton parcours et qu’est-ce qui t’a amené à t’intéresser au sujet de la RSE ?

H.C. : C’est durant ma formation universitaire que j’ai entendu parler pour la première fois, en 2007, de l’investissement responsable, et ce, aux États-Unis ! Le concept m’a intéressé et de retour en France, j’ai choisi de faire un cours spécialisé (rare à l’époque), puis des stages d’analyste, puis d’intégrer un grand investisseur institutionnel pour y développer cette fonction. J’avais compris, lors de ces expériences, que le marché ne pourrait se développer sans que ces donneurs d’ordre amont ne formalisent une demande en faveur d’une finance plus durable. 

Après avoir mis en œuvre ces pratiques et participé au développement d’un certain nombre d’initiatives de place, nationales et internationales, j’ai choisi de me confronter sur le terrain à la diversité des clients et de leurs attentes en rejoignant la société de gestion du groupe. 

E.S.B. : la RSE concrètement dans ta vie ?

H.C. : au cœur de mon métier, qui consiste à intégrer les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance dans l’analyse des investissements, la construction des fonds, le suivi des portefeuilles et le dialogue avec les sociétés financées, pour l’ensemble des classes d’actifs que nous gérons. Cela passe par le développement de modèles d’évaluation des risques et des impacts, l’intégration de ces données dans les plateformes IT de gestion, l’échange avec nos prospects et clients pour expliquer et parfois co-construire ces méthodes, mais aussi de nombreux échanges avec les régulateurs, les associations de place, des experts et ONG, des fournisseurs de données, d’autres investisseurs, notamment pour continuer à faire avancer l’innovation et la standardisation des pratiques. Mon équipe est en collaboration permanente avec nos gérants, nos analystes, les équipes commerciales, IT, de risques, de communication, de RSE, juridiques, de conformité, RH, de reporting .   

E.S.B. : Comment définis-tu la RSE ?

H.C.: Chez LBP AM, la RSE s’inscrit dans une démarche de double matérialité, financière et d’impact. Nous avons un socle commun transparent de politiques (climat, biodiversité, droits humains, déclinées par type de pratiques et secteurs) , appliqués à l’ensemble de nos fonds, que nous renforçons sur une grande partie de notre gamme par des pratiques complémentaires afin de proposer ainsi un nuancier de solutions : depuis celles qui visent à « simplement » bien intégrer les risques de durabilité dans des portefeuilles diversifiés à des fonds thématiques plus profilés visant un impact sociétal positif. 

E.S.B : Comment est-ce un catalyseur au business et avec quel type de ROI ?

H.C.: Bien que la place de la durabilité se soit actuellement atténuée dans certains narratifs, voire dans certaines pratiques, en particulier de la part de sociétés ayant des expositions américaines significatives, qui font face à un « ESG backlash » très politique, il serait erroné de considérer la finance durable comme une simple mode désormais écartée par la priorisation des rendements à court terme ou par les enjeux de souveraineté. 

En Europe, en effet, la demande des investisseurs institutionnels se maintient, car ils prennent en compte les risques financiers liés à la durabilité dans le cadre de leur « devoir fiduciaire » et sont bien conscients de l’articulation entre la transition énergétique et la souveraineté. Loin d’être atténuées, les exigences de nos grands clients continuent de se renforcer vers davantage de customisation (quels critères prendre en compte et comment), et davantage de redevabilité (sur la prise en compte opérationnelle détaillée de ces enjeux et sur l’impact financier et sociétal de cette prise en compte). Ainsi, la capacité à répondre à ces besoins demeure vitale : notre succès commercial dépend de l’appréciation portée sur nos ressources, humaines et techniques, nos savoir-faire ISR, et leurs impacts en gestion. 

Cette demande est naturellement souvent moins claire et moins informée dans l’esprit des épargnants particuliers, qui connaissent encore peu les produits ISR. Les labels ISR visent à leur adresser des signaux simples et fiables. Mais il est également important de former régulièrement les conseillers financiers, ce que notre maison mère, La Banque Postale, accomplit en partenariat avec nos équipes. 

 

E.S.B : Que voudrais-tu dire aux Alumni ESSEC du Club et autres ?

H.C. : Comme dans de nombreux secteurs de l’économie réelle, le défi actuel de la finance responsable est de gérer la tension entre l’instabilité géopolitique et, par ricochet, dans une certaine mesure, la politique, et le besoin des acteurs économiques de disposer de politiques dressant un cap clair et de cadres normatifs respectés pour planifier correctement la transformation durable de leur activité. Dans cette phase insuffisamment ordonnée, les investisseurs ESG sont les plus grands alliés des directeurs RSE : le dialogue avec ces derniers et le reporting pour leur apporter une information fiable sont un investissement payant si les pratiques RSE sont robustes ou sincèrement en construction.  

 

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