#1mois1Alumni Engagé Cédric BAECHER E(00) - « La transformation durable entre dans une nouvelle phase : celle de l’exécution. »
05/04/2026
Diplômé de la promotion 2000 de l’ESSEC, Cédric est Partner chez Wavestone, où il codirige les équipes dédiées à la transformation durable. Il est également Conseiller du Commerce Extérieur de la France (bureau des CCE Paris), expert indépendant énergie – climat – innovation auprès de la Commission Européenne, expert en RSE au sein de l’Association Progrès du Management (APM) et réserviste citoyen de la Marine Nationale (auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, IHEDN). Avant de rejoindre Wavestone, il a été entrepreneur pendant 20 ans et, en 2002, a cofondé Nomadéis (l’un des premiers cabinets français spécialisés dans le conseil en RSE, cédé à Wavestone en 2022).
E.S.B. : Quel est ton parcours et qu’est-ce qui t’a amené à t’intéresser au sujet de la RSE ?
C.B. : À ma sortie de l’ESSEC, j’ai d’abord monté, avec 3 camarades de promotion (rencontrés au sein de la Junior-Entreprise), un projet associatif (« AQUA tu penses ? ») de tour du monde d’un an sur l’eau et le développement durable des villes. Nous avions obtenu le soutien de Jean-Marie MESSIER (qui dirigeait alors la Compagnie Générale des Eaux, devenue Vivendi puis Veolia), de l’UNESCO et de l’économiste et écrivain Jacques Attali. Après ce voyage de recherche passionnant et fondateur, j’ai cofondé en 2002 Nomadéis, l’un des premiers cabinets français de conseil en RSE, avec un positionnement d’abord centré sur la gestion des ressources rares (eau, énergie…), sous l’angle des impacts pour le business mais aussi du mécénat et des partenariats avec l’ONU et les organisations de solidarité internationale. Veolia est devenu notre premier client, suivi d’autres entreprises (Essilor, Hewlett-Packard…) puis d’institutions publiques (collectivités, ministères, agences techniques…). Notre offre n’a cessé de s’étoffer pendant 20 ans, intégrant les enjeux de la bioéconomie, de la mobilité durable, de la construction durable, de la santé environnementale, et nous avons réalisé des missions dans plus de 70 pays. Nous avons cédé Nomadéis à Wavestone en 2022 pour accélérer notre développement et mieux répondre aux nouvelles attentes du marché.
E.S.B. : la RSE concrètement dans ta vie ?
C.B. : La RSE est le fil rouge de mon parcours depuis ma sortie de l’ESSEC, et je la vis quotidiennement (depuis bientôt 25 ans !) comme une grille de lecture passionnante, un cadre d’exploration pertinent aussi bien pour mieux comprendre la vie économique, que la vie politique et sociale. Depuis deux à trois ans, les liens entre RSE, géopolitique, puissance et souveraineté m’intéressent particulièrement, et après différentes missions pour le Ministère de la Défense, c’est ce qui m’a conduit à suivre la formation d’auditeur à l’IHEDN et à devenir réserviste de la Marine Nationale (dans le cadre de laquelle je contribue à différents groupes d’expertise notamment sur les liens entre sécurité et climat). Cela étant dit, je n’ai jamais été, ni voulu devenir un gourou de la RSE, que ce soit dans ma pratique professionnelle ou dans ma vie personnelle… Malgré l’impact en termes de bilan carbone, je voyage beaucoup partout dans le monde, car je suis convaincu de l’importance du dialogue interculturel, et de l’humilité nécessaire à tout travail sur la RSE. Il faut s’extraire de nos prismes d’analyse franco-français et même européocentrés pour comprendre comment les enjeux globaux traités par la RSE sont perçus et abordés ailleurs dans le monde.
E.S.B. : Comment définis-tu la RSE ?
C.B. : Je vois trois dimensions essentielles et indissociables de la RSE. Premièrement, l’empreinte des activités économiques, qu’il convient de reconnaître, de mesurer et d’optimiser sans relâche, dans l’intérêt direct de l’entreprise (continuité des opérations) et en tenant compte des contraintes réglementaires et sociétales qui ne cessent de se renforcer. Deuxièmement, l’innovation dans les offres, qu’il s’agisse de produits ou de services, ce qui est valable pour tous les secteurs : comment vais-je demain parvenir à me différencier et à créer plus de valeur, en tenant compte des pratiques de la concurrence et des nouvelles attentes de mes marchés, actuels et futurs ? Quelles sont mes opportunités de différenciation ? Troisièmement, la gestion de la réputation, aussi bien en interne dans l’entreprise que vis-à-vis des parties prenantes externes. Avec pour défis d’anticiper les crises éventuelles, d’intégrer au mieux la dimension interculturelle, d’aborder l’évolution des perceptions, les questions intergénérationnelles, mais aussi les dogmatismes qui s’expriment parfois fortement. En synthèse, ma définition de la RSE est avant tout pragmatique et concrète.
E.S.B : Comment est-ce un catalyseur pour le business et avec quel type de retour sur investissement ?
C.B. : Ma conviction est que la RSE n’est pas seulement un catalyseur pour le business, elle fait en réalité partie intégrante du business, au cœur du modèle économique (continuité des opérations, attractivité et fidélisation des talents, innovation et différenciation du marché, critères ESG pour l’accès aux financements alimentant la croissance, etc.). La question dépasse largement celle du retour sur investissement, il s’agit plutôt de la capacité à entrer dans un nouveau paradigme pour rester pertinent, et ne pas se faire doubler par ses concurrents et par le marché qui ne cesse d’innover.
D’autre part, il me semble intéressant de faire le parallèle avec la transformation digitale, démarrée quelques dizaines d’années plus tôt, et qui concerne aujourd’hui l’ensemble des fonctions, des entités, des métiers d’une entreprise. La dynamique est la même pour la transformation durable : au-delà des directions RSE ou des directions d’impact, nos clients sont aujourd’hui des directions achats, finances, marketing, opérations, RH, IT, mais aussi des BU et des entités métiers. Les interactions entre transformations digitales et durables s’accélèrent sans cesse (numérique responsable, Data et systèmes d’information ESG, etc.). Il faut à la fois traiter le « Green IT » et le volet « IT for green », c’est-à-dire la technologie au service de la transformation durable.
E.S.B : Que voudrais-tu dire aux Alumni engagés dans Alumni ACT et autres ?
C.B. : D’abord, ayez une vision aussi large que possible, transversale et interdisciplinaire de la RSE. Je préfère parler maintenant de transformation durable, qui mobilise certes les expertises RSE mais aussi la dimension RH (développement des compétences, production de data sociales, pilotage par les projets et les compétences…) et surtout la conduite du changement. Pendant longtemps, la RSE a souvent reposé dans les entreprises sur la mobilisation d’une poignée d’experts avertis et engagés, pionniers de leurs sujets. Or le changement d’échelle impose aujourd’hui de parler à tout le monde, pour mobiliser des milliers de collaborateurs qui doivent comprendre les enjeux de la transformation et le rôle qu’ils peuvent jouer concrètement, à leur niveau, dans leurs gestes métiers. Enfin, à l’heure de l’IA, il me semble essentiel de penser les interactions complexes entre IA et RSE, à la fois sous l’angle des nouvelles solutions que l’IA peut apporter pour accélérer la transition, et sous l’angle des nouveaux impacts sociaux et environnementaux à anticiper, et mettre sous contrôle.
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