« La diversité des bagages académiques prépare les diplômés à la vie en entreprise », Wilfried Sand
Le MiM Grande École évolue, le point avec Wilfried Sand, Directeur Académique Grande École, Master in Management, ESSEC.
EA : Le MiM Grande École évolue. Pour quelles raisons ?
Depuis sa création, l’École n’a cessé d’évoluer, de se transformer afin de répondre aux besoins de formation des managers et des dirigeants de demain. La population du programme MiM est aujourd'hui beaucoup plus diverse qu'il y a quinze ou vingt ans. Les étudiants internationaux sont de plus en plus nombreux et les parcours académiques sont de plus en plus variés. Aux côtés des admis sur concours (ASC) en sortie de classes préparatoires se trouvent les admis sur titre (AST) : des ingénieurs, des juristes et des étudiants avec un premier cursus à l’international. Chaque année, le programme Grande École accueille environ 450 élèves issus de prépa pour une année de pré-Master. Ils sont rejoints en deuxième année (niveau Master) par à peu près autant d’étudiants aux profils bien plus hétérogènes. Ainsi, de la première à la deuxième année, la promotion double. Se pose alors la question de recréer un sentiment d’appartenance à une même promotion. En première année, l’intégration se fait naturellement, autour d’un background commun. Avec cette évolution du programme MiM, l’enjeu est de provoquer une seconde intégration au niveau Master. Faute de quoi, les admis sur titre, dont les internationaux, risquent de ne pas se sentir pleinement partie prenante de l’École et de son réseau. C’est un manque à gagner pour l’ensemble des diplômés qui risquent de ne pas bénéficier du réseau international, l’un des grands atouts de l’école. La diversité des bagages académiques est à mon sens essentielle. Elle prépare les diplômés à la vie en entreprise.
EA : Concrètement, quelles sont les évolutions ?
La première, c’est la rentrée commune. Jusqu’ici, les AST intégraient l’école dès septembre et les ASC rejoignaient le cycle Master en janvier après six mois de stage. Résultat : les ASC et AST se croisaient très peu. La diversité restait parallèle, avec des cours différents et dans des langues différentes. Désormais, tout le monde revient fin septembre, en même temps. C’est ce temps commun qui va permettre de créer un esprit de promo. Pour y parvenir, nous avons mis en place des « squads » : des groupes composés d’AST et d’ASC d’une quarantaine d’étudiants, stables sur deux trimestres. Ils fonctionnent par paires : chacun suit ses cours en anglais avec sa squad, et pour les cours proposés en français, on mélange deux squads. Ce format resserré est pensé pour permettre aux étudiants de se connaître et de travailler ensemble. Deuxième évolution : les fondamentaux sont replacés en tout début de Master. Auparavant, les étudiants choisissaient librement le moment de les suivre. Cependant, nous constatons que les matières spécialisées supposent d’avoir suivi les fondamentaux en amont : sans cela, l’enseignant se retrouve face à un groupe trop hétérogène académiquement. Ensuite, cette évolution va permettre de donner à tous les bases dans toutes les matières. Dernier ajustement, symbolique mais parlant : la fin du système d’enchères pour les fondamentaux.
Quelles sont les évolutions pour le pré-master ?
Le pré-master est lui aussi réagencé. Auparavant, le premier semestre reposait sur des séminaires plutôt que sur des cours classiques : l'idée était d'expliquer d'abord aux étudiants ce qu'est le management avant de leur donner les outils. Mais la rupture s'est révélée trop brutale au sortir de la prépa. Les élèves n'y adhéraient pas, et certains dispositifs, comme le séminaire « Solve » de résolution de problèmes complexes arrivaient trop tôt dans le cursus. À partir de l'an prochain, l'école conserve un ou deux séminaires en début de parcours, mais réintroduit des cours classiques dès fin septembre. Autre changement majeur : la fin du stage de six mois en M1, jugé peu adapté. Difficile de décrocher un stage qualitatif après une seule année, quand les étudiants se retrouvent en concurrence avec des masters d'autres écoles ; la durée ne correspondait ni au marché ni à l'expérience réelle des élèves. L’expérience terrain arrive en milieu d’année scolaire.
En année de Master, y-aura-t-il des évolutions sur les cours fondamentaux ?
Le Master compte neuf cours fondamentaux : finance, marketing, stratégie, People and Organisation, Managing Information Technology in the Digital Age, droit, Business Economics et Financial Accounting and Reporting. Leur intitulé reste stable mais le contenu évolue en permanence. C’est la force de notre équipe d’enseignants-chercheurs. Par exemple, le cours « Managing IT » n’a plus rien de commun avec sa version d’il y a cinq ans. La finance ou l’économie offrent davantage de permanence dans leurs fondements : en économie, on commencera toujours par l’offre et la demande, indépendamment des outils. Mais les manières d’enseigner, elles, évoluent constamment.
Quid des matières qui semblent de plus en plus importantes, telles que la géopolitique ou encore l’intelligence artificielle ?
Nous avons fait un choix assumé : nous conservons nos neuf cours fondamentaux et ajoutons ensuite des cours spécialisés. Cependant les différentes disciplines, telle que la géopolitique, infusent de manière transversale dans les autres cours. La soutenabilité est intégrée en finance notamment, via la finance durable ou le reporting extra financier. Nous avons également mis en place un cours transverse obligatoire au troisième trimestre intitulé « Corporate Sustainability ». L’intelligence artificielle ne fait pas l’objet d’un cours spécifique : ce qu’on affirmerait serait obsolète dans un an. Par exemple, il y a trois ou quatre ans, nous aurions recommandé vingt-cinq heures de Python… aujourd’hui, il s’agit d’en maîtriser les notions même si nous proposons toujours des électifs pour ceux qui souhaitent aller plus loin. Quant au code lui-même, on le demandera à l’IA. La frontière se déplace sans cesse. L’IA, elle, soulève de nombreux défis. Le premier : comment évaluer les étudiants quand ils ont accès à ces outils ? C’est précisément là que les fondamentaux prennent tout leur sens : il s’agit d’apprendre à réfléchir, à poser les bonnes questions, à trier les réponses.
Quelles sont, selon vous, les principales compétences que doit avoir un étudiant au sortir du programme Grande École ?
Un triptyque. D’abord, une capacité de synthèse et d’analyse. Ensuite, une véritable spécialité thématique : en finance, par exemple, ou plus pluridisciplinaire, dans une Chaire, ce qui contraint à mobiliser les fondamentaux de plusieurs champs autour d’un problème réel. Enfin, des soft skills, de plus en plus déterminantes parce qu’elles relèvent de l’humain : elles se travaillent dans les travaux de groupe, l’expression, les séminaires, les stages, mais également dans l’engagement associatif, sportif ou humanitaire, qui fait pleinement partie de la vie de l’école.
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