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Claire Basini (E98) dévoile la stratégie multicanale de TF1

Interviews

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05/05/2026

Claire Basini (E98), est DGA Groupe TF1, en charge du pilotage de la transformation digitale et du streaming. Elle revient sur les ambitions de la plateforme TF1+, le partenariat noué avec Netflix et les nouveaux défis liés à l'intelligence artificielle.


Quelle est votre mission au sein du groupe TF1 ?

Les usages ont fortement évolué : les moins de 50 ans consomment aujourd’hui les écrans de façon non linéaire, c’est-à-dire en dehors de la grille de programmation traditionnelle. Dans ce contexte, le groupe a opéré un virage vers le digital. Ma mission est d’accompagner cette évolution. Concrètement, cela se traduit par le lancement début 2024 de TF1+, une plateforme de streaming gratuite, financée par la publicité. Deux ans plus tard, nous réunissons chaque mois 43 millions de streamers, avec un chiffre d'affaires publicitaire en progression de 40 % par an depuis deux ans. En parallèle, les chaînes linéaires restent incontournables, avec 30 millions de téléspectateurs quotidiens. 

Vous avez annoncé un partenariat avec Netflix. Pourquoi spécifiquement Netflix ?

Il s’agit d’une première mondiale. Pour la toute première fois, Netflix va proposer à ses abonnés des contenus qui ne sont pas les siens : nos chaînes et nos contenus en streaming seront complètement intégrés à la plateforme. Netflix occupe une place à part dans l’univers des plateformes, avec une partie des abonnés qui consomme exclusivement via Netflix. Il s’agit d’un public que nous avons du mal à adresser. C'est donc pour nous une réelle opportunité. Pour Netflix, c'est l’occasion d’enrichir son offre avec des séries quotidiennes, de l'info, du sport et des divertissements notamment.

Quels sont vos axes de développement sur la plateforme TF1+ ?

Au total, notre plateforme regroupe 40 000 heures de contenu : de l'information, des documentaires, des films, séries et dessins animés, accessibles à tous via mobile et web. Le premier axe de développement est l’enrichissement de notre catalogue grâce à l’acquisition de séries et de films. Le deuxième axe, c'est l'ouverture à des éditeurs tiers. Depuis quelques mois, Arte, Le Figaro, LCI, Public Sénat nous ont rejoints sur la plateforme. Il s’agit d’une offre très complémentaire à la nôtre et qui nous permet de toucher des audiences qui ne regarderaient peut-être pas TF1 en direct. Enfin, TF1+ propose une l'expérience enrichie autour de nos grandes marques de programmes. Pour Star Academy, par exemple, nous proposons en exclusivité une chaîne live pour suivre les candidats en direct, des interviews exclusives, des sondages, des votes, un accès à la boutique de produits dérivés. 

Quelle est votre stratégie sur le payant ? 

Un de nos enjeux est de diversifier nos sources de revenus pour financer durablement une ligne de programmes de divertissement et d'information premium dans laquelle nous investissons 1 milliard par an. Nous avons par exemple récemment lancé de nouvelles offres accessibles en micro-paiement sans engagement en fonction des envies. Nos utilisateurs peuvent ainsi profiter de nos contenus sans publicité, ou en avant-première, ou exclusifs à moins de 1 euro et sans engagement. L'objectif n'est pas de concurrencer frontalement les géants mondiaux du streaming payant, mais de nous inspirer de l’univers du gaming où les très gros fans multiplient les achats. L’ambition étant de faire encore plus de TF1+ une plateforme de destination. Cette nouvelle offre est donc pensée comme complémentaire aux modèles existants d'abonnement et à la vente d'écrans publicitaires, qui reste le socle du groupe TF1.

Votre dirigeant a récemment dénoncé une concurrence déloyale de la part de YouTube. Pourquoi ? 

La concurrence avec YouTube est réelle : leur modèle économique, comme le nôtre, repose sur la publicité. Cependant, nous ne nous battons pas à armes égales. Par exemple, d'un côté, des groupes comme TF1 investissent massivement dans les contenus, avant même d'avoir les recettes, et font vivre toute une filière : auteurs, producteurs, talents. De l'autre, YouTube a un statut d'hébergeur : il ne finance pas les contenus et peut donc pratiquer des prix publicitaires très bas. C'est une concurrence que nous estimons déloyale. Et c'est un enjeu majeur qui concerne l'ensemble de la filière audiovisuelle.

Quel est l'impact de l'intelligence artificielle sur votre secteur ?

C’est un formidable levier de productivité. Nous l'utilisons déjà, notamment pour adapter nos visuels et nos vidéos à tous les formats d'écrans, avec des gains très concrets. Cependant, face au développement de l’intelligence artificielle, nous faisons preuve de beaucoup de vigilance. Les grands modèles d'IA se nourrissent massivement de ce que produisent les médias, sans toujours renvoyer vers les sources de façon lisible, et sans modèle économique clair pour les éditeurs. La question est donc de savoir de quelle façon l’IA respecte notre place sans nous désintermédier. Il s’agit d’un enjeu réel pour l’ensemble de la filière. L'idée n'est pas de rejeter ces outils, mais d'avoir le cadre qui permette de respecter les droits des auteurs et des éditeurs.

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