Émilie Daversin (BBA 01) : sa boussole pour rester « du bon côté de la tech »
[Traduction effectuée automatiquement à partir d’une version originale en anglais]
Émilie Daversin (BBA 01) est une dirigeante aux multiples casquettes ! Après plusieurs années dans l’événementiel pour de grandes maisons de luxe, en France comme à l’international, elle a lancé VO2 Group avec son mari en 2011. Acteur mondial du conseil Tech, Digital & IA, VO2 Group est devenu l’un des experts de référence en matière d’expérience client et d’expérience collaborateur. Aujourd’hui, l’entreprise emploie 750 consultants en France, aux États-Unis, au Canada, en Belgique, en Suisse, en Israël et en Chine, principalement dans les secteurs du luxe/retail, de l’hôtellerie et de l’automobile, pour un chiffre d’affaires proche de 100 M€. Lauréate du prix French Women Entrepreneurs 40 et Business Angel, Émilie Daversin consacre une grande partie de son temps à promouvoir les femmes dans les univers de la Tech et de l’entrepreneuriat. Rencontre.
Reflets Magazine : Pourquoi avoir choisi de vous lancer directement dans l’entrepreneuriat ?
Émilie Daversin : Parce que j’ai toujours été très indépendante, entreprenante et persévérante. À sept ans, j’ai publié mon premier journal. Au collège, j’organisais des spectacles. Pendant mes études, je vendais une revue de presse aux étudiants BBA et ESSEC, et en dernière année, je travaillais à temps partiel pour l’un des plus grands festivals de jazz au monde. J’ai toujours eu cet esprit entrepreneurial et cette envie d’aller au bout des choses.
RM : Pouvez-vous nous parler de VO2 Group ?
É. Daversin : C’est une entreprise que nous avons fondée avec Florent, mon mari, il y a près de quinze ans, à une époque où nous étions tous deux entrepreneurs, chacun à la tête de sa propre activité. VO2 Group est un cabinet de conseil Tech, Digital & IA, organisé autour de deux piliers métiers : lexpérience client et l’expérience collaborateur, portées par une vision conseil et un fort ADN technologique. VO2 Group s’est d’abord développé autour d’un réseau d’experts indépendants très engagés. Il y a dix ans, nous avons fait confiance à nos premiers salariés et nous nous sommes rapidement diversifiés pour répondre aux besoins de nos clients. C’est donc une vraie entreprise “family & friends”, tout en étant extrêmement professionnelle, néanmoins. Nous avons adopté une approche assez américaine de l’entrepreneuriat : on n’abandonne jamais, on grandit et on apprend en faisant, et ça ne s’arrête jamais.
RM : Pourquoi VO2 Group, et que signifie ce nom ?
É. Daversin : VO2 est une idée de mon mari. Cela vient de VO2 Max, l’indicateur sportif. Le VO2 Max correspond au volume maximal d’oxygène que l’organisme peut utiliser pendant l’effort : c’est donc un indicateur de performance. Quand nous cherchions un nom, mon mari, passionné de course à pied, a trouvé que VO2 “sonnait bien”. J’ai ajouté Group, par ambition, avant même que cela ne devienne une réalité. Et voilà l’histoire, en résumé...
RM : Comment définiriez-vous votre activité ?
É. Daversin : L’objectif de VO2 Group a toujours été d’offrir la plateforme de services la plus diverse et la plus complémentaire possible à des clients qui ont souvent une vision forte mais une capacité d’action limitée, par manque d’expertise ou en raison de la complexité organisationnelle. Historiquement positionnés sur l’expérience client comme partenaire stratégique de Salesforce, nous avons progressivement élargi notre périmètre avec des expertises complémentaires en tech, data et IA, ainsi qu’en conseil métier. Nous avons réalisé très tôt des acquisitions pour verticaliser nos offres, en commençant par la finance, puis le luxe/retail — en nous implantant en Amérique du Nord et en rachetant une société à Shanghai pour suivre nos clients. Nous avons adopté un modèle fondé sur une diversification ciblée et premium. Ce qui nous différencie des grands acteurs du secteur, c’est notre agilité et notre capacité à mobiliser des équipes soudées et engagées autour d’une vision unique — l’approche “One Team VO2” — ce qui est particulièrement essentiel lorsqu’on accompagne des clients internationaux dans la gestion d’usines globales. Aujourd’hui, nous concevons des plateformes unifiées où l’intelligence artificielle est au cœur des cas d’usage — agents conversationnels, automatisation intelligente des processus, orchestration des flux entre applications mobiles, e-commerce, service client, supply chain, et bien plus encore.
RM : Quelles ont été les grandes étapes de la croissance de VO2 Group ?
É. Daversin : VO2 Group est une véritable aventure entrepreneuriale. Comme je l’ai mentionné, nous avons commencé avec un noyau de consultants indépendants et nous avons dû trouver un modèle pour les engager à travailler ensemble en équipe. Très vite, nos clients nous ont demandé des consultants en CDI. À ce moment-là, nous avons ouvert notre capital à des consultants qui souhaitaient nous rejoindre — certains travaillent encore avec nous aujourd’hui. Nous avons ensuite racheté plusieurs entreprises et nous nous sommes développés d’abord en Amérique du Nord. Puis, pendant les années Covid et les confinements de 2020 et 2021, nous avons percé dans le secteur du luxe en équipant les équipes de vente des marques les plus prestigieuses au monde d’applications d’engagement client. C’est ce qui a permis à des acteurs comme LVMH, par exemple, de maintenir la relation client et de traverser la tempête. Nous nous sommes ensuite spécialisés dans les plateformes d’engagement premium et l’e-commerce, puis dans l’expérience collaborateur et la conduite du changement avec l’acquisition d’Insideboard AI, une plateforme SaaS dédiée à l’adoption de l’innovation technologique. Nous travaillons activement avec General Motors aux États-Unis, par exemple.
RM : Avez-vous dû vous appuyer fortement sur des financements externes ?
É. Daversin : Pas du tout. Nous avons des partenaires bancaires, mais nous sommes 100 % indépendants, et c’est aujourd’hui une grande fierté. Cela nous a permis de grandir tout en conservant un contrôle total sur nos stratégies, notre croissance et nos décisions. En période de crise, nous avons pu honorer nos engagements envers nos équipes, et c’était important pour nous. Bien sûr, nous n’avons pas écarté l’idée de nous faire accompagner pour accélérer notre croissance.
RM : Quel mot utiliseriez-vous pour définir VO2 Group ?
É. Daversin : Je dirais l’excellence — une excellence à la française, même ! Nous travaillons pour les meilleurs clients au monde — des personnes très visionnaires qui savent parfaitement combiner technologie, innovation et expertise métier. De notre côté, nous sommes entourés de partenaires et de collaborateurs très engagés, qui vont au bout des sujets. Ce sont des profils très internationaux, recrutés avant tout pour leur vision tech et leur exigence absolue sur l’exécution. Aujourd’hui, le conseil, à l’ère de l’IA, ne peut être dissocié de l’expertise et d’une approche premium, orientée solutions. Nos pairs sont excellents, mais notre agilité et notre esprit entrepreneurial au service de nos clients sont vraiment uniques.
RM : Quel regard portez-vous sur le marché aujourd’hui ?
É. Daversin : J’ai le sentiment que le marché mondial de la tech et du digital ne porte pas suffisamment de messages positifs et enthousiastes sur les nouveaux usages et l’impact de la technologie. Chez VO2 Group, nous voulons être du bon côté de la tech — celui qui éclaire, qui apporte des solutions et des opportunités, qui reste proche des personnes et des clients. Aujourd’hui, le marché de la tech et son récit sont dominés par les grands acteurs de l’IA et leurs CEO. Ensuite, vous avez les hyperscalers, présents depuis longtemps et proposant des solutions augmentées plus ou moins matures, souvent assez éloignées des gens, etc. Entre les deux, il y a les clients et les collaborateurs qui se demandent : “Quel est le prochain coup ?” Dans nos métiers de conseil et de services, nous devons rester très positifs et très pragmatiques afin de délivrer un message réaliste et de proposer des solutions utiles, scalables, et proches de nos clients. Nous devons être extrêmement rigoureux dans tout ce que nous faisons, tout en gardant un regard innovant et surtout en nous concentrant sur une “tech sûre et durable”.
RM : Vous avez été lauréate du prix “French Women Entrepreneurs 40”. Que cela représente-t-il pour vous ?
É. Daversin : C’est une grande fierté, et je suis aussi ravie que ce soit dans la catégorie mid-cap, car j’ai souvent le sentiment de ne pas rentrer dans les cases habituelles. Je ne suis pas la fondatrice d’une startup tech au sens strict, ni la dirigeante d’un grand groupe ou d’une grande entreprise. VO2 Group n’est pas non plus une PME ; aujourd’hui, c’est une entreprise de taille intermédiaire, un acteur de la Tech et du Digital en croissance. Mais il faut savoir que la part de femmes fondatrices et dirigeantes d’entreprises de taille intermédiaire, en particulier dans la tech et le digital, est proche de zéro.
RM : Et justement, quelle est la place des femmes dans la tech en général, et dans votre entreprise en particulier ?
É. Daversin : Nous avions une parité parfaite il y a deux ou trois ans ; aujourd’hui, les femmes représentent environ 45 % de nos effectifs. Quoi qu’il en soit, je dis toujours que la parité commence par nous, les femmes fondatrices et dirigeantes. Comme le dit si bien Clara Gaymard, l’influence c’est bien, mais le pouvoir et l’argent sont la vraie clé — quelque chose qu’on oublie un peu trop souvent. Contrairement aux idées reçues, la tech française compte en réalité beaucoup de femmes dans tous les rôles et à tous les niveaux. Si les femmes entrepreneures ne représentent que 10 à 15 % du secteur en France, la proportion monte à 25-30 % dans le développement pur, ce qui est déjà significatif, et si l’on regarde l’ensemble du secteur tech et digital, y compris au sein des groupes du CAC 40, les femmes représentent 30 à 40 %. Un bon exemple : Salesforce France, l’un de nos principaux partenaires, est aussi dirigé par une femme, Emilie Sidiqian. Il faudrait davantage mettre en lumière ces rôles modèles, car les défis restent nombreux.
RM : Vous êtes également très impliquée auprès de l’Institut Innovation et Entrepreneuriat de l’ESSEC, ainsi que de Lead’Hers. Pouvez-vous nous en dire plus ?
É. Daversin : Lead’Hers, c’est avant tout une équipe incroyable dans laquelle je me suis tout de suite sentie à ma place ! Le programme, mené en partenariat avec l’ESSEC et CentraleSupélec, est vraiment excellent. Les femmes sont formidables, avec un état d’esprit remarquable. Cela m’a permis de rencontrer beaucoup de monde et d’échanger pendant les ateliers, même si je n’ai jamais assez de temps pour participer à tout. C’était pour moi une manière de renouer avec la communauté ESSEC et de rendre à mon tour, en accompagnant une ou deux promotions. Et cela donne du sens à ce que je fais — une notion qui compte énormément pour moi — en donnant de mon temps.
RM : En dehors de cela, avez-vous conservé des liens avec d’autres alumni ESSEC ?
É. Daversin : Oui, par exemple, je suis en contact avec des dirigeantes vraiment inspirantes comme Mélanie Carron (E05), CEO de Ladurée, et Natacha Hochet-Raab (E95), Managing Director EMEA, Japon & États-Unis chez FRED Paris. Il y a aussi Sandra Talbot-Arnal (E99), Directrice Internationale chez Guerlain, que j’ai récemment revue lors d’un événement “women in business” organisé par notre client Dior. Il y a aussi Harold Parisot (BBA 00), fondateur et président du Chinese Business Club. J’ai aussi participé à plusieurs événements organisés par l’école et reçu des messages d’alumni que je serais ravie de revoir. Tout cela me donne envie de continuer à renouer des liens.
RM : Vous avez aussi cofondé Leia Capital, un groupe de Business Angels 100 % féminin. Quels types de projets soutenez-vous ?
É. Daversin : Nous ciblons des projets innovants portés par des femmes. Par exemple, nous avons investi dans Green-Got, une startup spécialisée dans la finance durable ; dans Underdog, une startup spécialisée dans l’électroménager reconditionné ; et dans Primaa, une startup HealthTech développant des solutions d’intelligence artificielle pour la détection du cancer. En bref, nous sommes une trentaine de femmes à avoir fondé Leila Capital — entrepreneures, cadres dirigeantes de grands groupes ou avocates — qui soutenons et mettons en avant d’autres femmes à la tête de projets inspirants. Avec nous, elles savent qu’elles peuvent parfois poser des bases solides tout en continuant d’avancer, et ça nous enthousiasme vraiment.
RM : VO2 Group figure dans le classement Fortune Magazine des entreprises les plus innovantes d’Europe et dans la liste Les Échos des champions de la croissance et de l’innovation. Comment voyez-vous le futur proche ?
É. Daversin : Ces classements offrent une reconnaissance bienvenue, et notre cliente L’Oréal est en tête du classement Fortune. En revanche, je considère que 2025 a été une année plutôt terne pour notre secteur, même si notre activité internationale nous a fortement soutenus. Pour 2026, je m’attends à ce que nous nous diversifiions encore davantage et que nous reprenions nos acquisitions. C’est une source de motivation puissante pour nos équipes et pour moi personnellement ; j’ai conçu notre modèle avec cela en tête !
Interview à retrouver dans le numéro de notre magazine Reflets dédié à l’entrepreneuriat :
Propos recueillis par François de Guillebon, rédacteur en chef de Reflets Magazine
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