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Charlotte Rondelez (E95), metteuse en scène : « La Ménagerie de verre a beaucoup de résonances contemporaines »

Interviews

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16/10/2018

Après le succès de Cabaret Liberté !, Charlotte Rondelez (E95) présente La Ménagerie de verre au Théâtre de Poche à Paris, avec Cristiana Reali, jusqu’à mi-janvier. Rencontre.

ESSEC Alumni : Pourquoi avoir voulu mettre en scène cette pièce ?

Charlotte Rondelez : C’est une de mes pièces préférées. Cela fait une quinzaine d’années que je rêve de la mettre en scène. Elle n’est pas facile à distribuer et il fallait que je mûrisse un peu pour comprendre les abîmes et les sommets de chaque personnage.

EA : Comment vous êtes-vous appropriée une pièce aussi connue, déjà jouée de nombreuses fois ?

C. Rondelez : Pour monter un « classique », il faut commencer par oublier ce qu’on a déjà vu. Effacer toutes les références aux précédentes mises en scène et repartir du texte. Et donc, avec un auteur comme Tennessee Williams, le lire de nombreuses fois, dans plusieurs traductions et en langue originale, pour comprendre vraiment ce qu’il a voulu dire. J’ai souhaité mettre l’auteur au centre de ce spectacle, et lorsqu’on respecte ce principe, il n’y a plus d’interférence avec d’autres mises en scène.

EA : Quelles sont les particularités de ce projet, par rapport à vos précédentes créations ?

C. Rondelez : On pourrait comparer le texte de La Ménagerie de verre à un château de cartes. Tout est en équilibre, à la fois support et structure. Tout peut s’isoler mais ne fonctionne que dans son ensemble ; je n’ai donc pas pu changer la structure, ni faire une adaptation, comme je l’avais fait par exemple avec État de siège d’Albert Camus. Soit dit en passant, c’est assez exceptionnel de se retrouver face à un texte à la dramaturgie aussi complète.
C’est aussi la première fois que des producteurs privés ont décidé de me suivre sur un projet. Ils ont vu mes précédentes créations, m’ont accordé leur confiance et ont fait le pari de suivre celle-ci. Auparavant, je fonctionnais sur les fonds de ma propre compagnie et avec des subventions que je recevais de différents organismes. Là, j’ai pu travailler sur un budget plus important, adapté au projet.

EA : Comment s'est passée la collaboration avec Cristiana Reali ?

C. Rondelez : Cristiana Reali est force de proposition et a un instinct très sûr. On lui indique un point d’entrée sur une scène ou un passage, et elle trouve toujours le chemin le plus juste. C’est une comédienne qui aime prendre des risques, qui n’a pas une image figée d’elle-même et qui respire, provoque la vie sur un plateau. Rien n’est jamais pareil mais tout est toujours juste.

EA : Le fait qu’elle soit une figure publique et médiatique a-t-il constitué un enjeu spécifique ?

C. Rondelez : Les artistes viennent au Théâtre de Poche parce qu’ils ont très envie de jouer les spectacles qu’on y présente, pas pour les conditions qu’on leur propose. Ils n’ont pas la même rémunération qu’ailleurs, la vie y est très artisanale, on est en effectif ultra-réduit… On n’est pas dans le « star system ». L’aventure est avant tout humaine. D’autant que tout est exigu au Poche : des personnalités trop anguleuses ne peuvent s’y mouvoir…
En l’occurrence, en dehors du plateau, Cristiana Reali est une belle personne, à la culture multicolore et à l’humour ravageur. Je ne la connaissais pas avant ce projet, j’étais juste admirative de son talent. Aujourd’hui, je l’apprécie tout autant sur le plan personnel.
C’est la nécessité artistique et humaine qui détermine le choix d’une distribution. Bien sûr, si on a la chance de conjuguer cela avec une notoriété, cela facilite beaucoup la communication autour de la pièce. Mais déterminer une programmation ou une distribution en pensant d’abord à cela, c’est faire fausse route.

EA : Vous recourez à la magie nouvelle pour certaines scènes. Pouvez-vous nous en révéler plus sur le sujet ?

C. Rondelez : L’utilisation de la magie nouvelle semble une évidence dans cette pièce car la magie, c’est la transformation du réel par le réel, comme le ferait la mémoire du cœur… Or cette pièce repose sur la mémoire du cœur.
Ceci étant la magie nouvelle cherche surtout à se faire oublier, on ne voit pas le tour, elle se fond dans la narration et permet de faire surgir le trouble : ce mur était-il là ? D’où vient cette ombre… ?

EA : Tennessee Williams ne dissimulait pas que la pièce s'inspirait en partie de sa vie. Y trouvez-vous vous aussi des résonances personnelles ?

C. Rondelez : Comme dans chaque spectacle que je fais ! Dans le texte, dans la mise en scène, dans la façon de diriger les acteurs sur un axe ou sur un autre… Je ne sais pas faire autrement, cela se fait même malgré moi. Il arrive que je découvre beaucoup plus tard les raisons pour lesquelles je me suis penchée sur un texte.

EA : La pièce est située dans les années 30, ce que vous respectez dans votre mise en scène. En quoi reste-t-elle contemporaine ?

C. Rondelez : La période des années 30 est une période qui est, sur le plan dramaturgique, d’une richesse incroyable : une société en pleine mutation, une crise économique majeure, l’avènement de pouvoirs fascistes et totalitaires… On retrouve beaucoup de traits contemporains. Sur le plan médical, en revanche, elle n’a rien de comparable – même si la pièce évoque plus une certaine « anormalité » qu’une maladie mentale. Or dans cette période des années 30, on peut légitimement se demander : qu’est-ce qu’être anormal quand le monde lui-même est devenu fou ?

 

Propos recueillis par Louis Armengaud Wurmser (E11), responsable des contenus ESSEC Alumni

 


La Ménagerie de verre
Théâtre de Poche
75 boulevard du Montparnasse
75 006 Paris
Représentations les vendredis et samedis à 20h30 du 17 novembre 2017 au 6 janvier 2018


Alumni, profitez de places à tarif privilégié !  Plus de détails ici.

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