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Comment les outils de créativité peuvent-ils booster la réflexion carrière ?

Conseils de pros

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16/06/2017

À l’évocation d’outils de créativité, on imagine naturellement leur application dans un service R&D, ou une agence marketing. Ces outils permettent effectivement de booster les idées, de susciter l’engagement des équipes à inventer de nouveaux projets et surtout à leur donner vie. Quid de leur projection dans d’autres univers et notamment celui du coaching de carrière ? Pierre Clause (E82), consultant en créativité et coach, a l’originalité d’avoir, depuis ses débuts dans cette discipline, alloué une partie de son activité à l’accompagnement carrière. À la lumière de son expérience, il explique à Solveig Debray Sandelin, du Service Carrière d’ESSEC Alumni, comment débrider utilement la réflexion professionnelle. 

ESSEC Alumni : Quels outils mobilisez-vous dans vos accompagnements ?

Pierre Clause : Ma palette est variée et se colore de storytelling et de mind mapping, en passant par le world café et surtout l’approche narrative en coaching. Le storytelling a quelquefois mauvaise presse, et pourtant les bases sont simples et universelles : démarrage, montée en tension, point culminant et dénouement, mais au-delà de ces points de repère, le plus important est d’avoir à l’esprit que c’est l’émotion qui rend l'interlocuteur plus réceptif. On marche tous au son des histoires, elles s’adressent à l’enfant de 6 ans qui sommeille en nous et ce sont elles que l’on retient. Dans toute situation, et notamment celle d’un entretien RH, il faut passer par l’émotion pour atteindre la raison. Si un candidat a bien raconté une histoire, une réalisation professionnelle, l’interviewer se souvient qu’il a été impressionné, au sens littéral du terme : le récit a laissé une marque réelle sur sa surface sensible.
Lorsqu’il doit écrire son pitch, le réflexe du candidat est souvent de coller à ce qu’il pense être attendu de son public. Le résultat en est alors une histoire assez plate et conventionnelle, qui ne captive pas. Lorsqu’on touche son interlocuteur sans chercher à faire le beau, on donne à comprendre ce qui est authentique chez soi. Pour y parvenir, partir de ses propres valeurs, de sa propre identité, est absolument nécessaire.

EA : Comment justement mener cette réflexion sur ce qui constitue la marque propre d’un candidat ?

P. Clause : La magie de ces outils de créativité est de mener cette réflexion grâce au détour. En effet, si en réponse à la question sur mes fondamentaux, je cherche à creuser directement…, je vais très certainement trouver l’exercice fastidieux et surtout tomber dans les mêmes ornières, limiter ma pensée.
Le détour, c’est par exemple d’explorer ses zones d’ombre : s’interroger sur les moments où je ne suis pas « congruent », où la situation m’est inconfortable. Je comprends alors en creux ma marque en tant que personne et j’identifie mes valeurs.
Tous les outils de créativité, et notamment le mind mapping, ont en commun de faire sortir d’un cadre habituel de pensée pour rencontrer autre chose. Le détour permet de se mettre en réaction, de changer d’axe, de faire un pas de côté. J’emploie volontiers le terme d’émulsion : créer une dynamique, un ressort, et faire en sorte de bouger pour se reposer ailleurs, sur une case jusque-là jamais envisagée.
La créativité donne à voir différemment l’avenir, le présent, et surtout d’un regard positif ce qu’on a déjà vécu, réalisé.

EA : Quels liens avec les carrières ?

P. Clause : La créativité, c’est finalement une posture pour réapprendre à être curieux, à regarder différemment. Aller par exemple se promener une heure avec un appareil photo et saisir des images inspirantes. Entraîner cette corde vibratoire. La créativité appliquée au marché du travail, c'est observer la réalité, s’entraîner à se poser des questions en mode « agile ». De quelle réalité parlons-nous concernant les carrières ? Cette matière autrefois linéaire se montre aujourd’hui pour le moins en zigzag. Et, pour zigzaguer intelligemment professionnellement, la bonne attitude c’est de viser non pas le contrôle mais la maîtrise de ses propres atouts. Aujourd’hui, les recruteurs doivent répondre à un cahier des charges paradoxal : limiter les risques dans une injonction globale d’innovation. C’est au candidat de faire cette proposition. Si vous appuyez non pas sur l’expertise secteur ou la technique métier mais sur d’autres facteurs différenciants, comme l’habilité à donner des contacts, la pratique des langues, les outils originaux que vous maîtrisez…, vous ouvrez d’autres perspectives.

EA : Le plaisir des sessions de créativité, comment l’expliquez-vous ?

P. Clause : La notion de plaisir est déterminante dans la créativité, alors même que sont évoqués des sujets aussi sérieux que les carrières.
L’amusement est déclenché par les méthodes ludiques utilisées. Le mind mapping fait dessiner, utiliser la couleur. Le pop-up café entretient le mouvement chronomètre à la main, les sous-groupes, le brassage des populations. Ma banque d’images en photolangage comprend des visuels légers et acidulés.
Mais ce plaisir est aussi corrélé à la satisfaction du résultat. À la révélation d’une valeur clé, à la mise en lumière d’une compétence phare. Au plaisir (et à la fierté) de se réapproprier ses compétences.
L’approche narrative, notamment, ne creuse surtout pas ce qui ne va pas, mais cherche au contraire ce qui va déjà bien, à identifier dans ce qui est fait le positif, même infime. Partir de ce petit point, le décortiquer : pourquoi c’était si bien, comment, à qui vous adressiez-vous, quel en était le résultat…
La « narrative » a pour objectif d’épaissir ce trait, d'imaginer comment en mettre davantage dans sa vie professionnelle et tout d’un coup d'observer sa raison d’être : ce qui fait qu’on se lève le matin. La créativité qui concerne les carrières devient une posture : s’entraîner à regarder et à se regarder différemment. Dans cet accompagnement, on ne cherche pas à résoudre le problème (car plus on l’évoque, plus il prend de la place). On observe les effets du problème, les conséquences et surtout les exceptions au blocage. Prenons l’exemple d’une personne qui nous dit : « Mon problème, c’est de ne pas arriver à parler en public ». On lui demandera s’il existe des moments où elle parle en public avec satisfaction. L’exception, c’est ça qui est important, je m’ouvre un nouveau champ. La personne réalise que, par accident, elle s’est confrontée à quelque chose de nouveau qui marche bien.
Ainsi, les outils de créativité sont autant de chemins détournés et ludiques. Ils permettent de mettre en lumière de façon inattendue des points de force inédits, des aspirations nouvelles, et d’enrichir sa réflexion sur son projet professionnel et sa carrière.

 

Article proposé par Solveig Debray, du Service Carrière, et paru dans Reflets #115. Pour s’abonner, cliquer ici.

 



Illustration : © jannoon028 / Freepik

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