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COVID-19 : Un ESSEC en Chine témoigne

Interviews

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30/03/2020

Matthieu David-Experton (E08), président du Chapter China, raconte sa vie de confiné à Shanghai. Un témoignage de l'intérieur sur la gestion de la crise par la Chine.

À la mi-mars, Matthieu David-Experton atterrit à Shanghai, de retour de Hong Kong. Tous les ressortissants étrangers sont appelés à sortir en premier de l’avion. « Je suis passé par trois bureaux différents avant la douane, puis encore deux bureaux supplémentaires. Ils m’ont posé plein de questions – sur mes déplacements au cours des 14 derniers jours, sur la situation de mon pays, sur mes activités professionnelles et mes projets en Chine. Ils ont aussi vérifié mon contrat de location et appelé mon propriétaire pour confirmer que j’étais bien résident de mon appartement. » En tout, la procédure dure 3 heures. « Mais j’ai eu de la chance, je suis passé avant la mise en place des tests de dépistage obligatoires pour tous. Aujourd’hui, le temps d’attente peut atteindre près de 24 heures. » Au terme de ce marathon, il obtient une pastille verte, sésame obligatoire pour avoir l’autorisation de rentrer chez soi. « Si j’avais reçu une pastille jaune ou rouge, on m’aurait conduit à l’isolement dans un hôtel, à mes frais. »

Il est ensuite conduit jusqu’à son domicile par une escorte policière et sanitaire. « On m’a fait monter à bord d’un minibus où nous étions seulement deux passagers, à bonne distance l’un de l’autre. Les policiers étaient là pour s’assurer que je me rendais à la bonne adresse, et l’équipe médicale pour transmettre mon dossier au comité sanitaire de mon quartier. » Ces comités sont gérés par des habitants qui jouent le rôle de relai du Parti. « À mon arrivée, les membres du comité, équipés de blouses blanches, de casques, de lunettes de protection et de gants, ont pris ma température, au poignet puis au front, et m’ont fait signer des documents – en français ! – précisant les modalités de ma quarantaine. »

Il doit ainsi s’engager à ne pas sortir ni à recevoir de personnes chez lui pendant 14 jours, ainsi qu’à communiquer via WeChat sa température deux fois par jour à une infirmière… et à la police locale. « Ma porte d'appartement a en outre été équipée d'un détecteur de mouvement signalant chaque ouverture de porte aux autorités. » Il doit alors expliquer, toujours via WeChat, qu’il a simplement réceptionné un colis ou une livraison de repas. « À noter d’ailleurs, quand vous commandez aujourd’hui avec l'équivalent de UberEats, le restaurant écrit sur votre reçu le nom et la température du cuisinier ! » 

Ce n’est pas la moindre des précautions dont on l’entoure : on lui remet aussi un pack de protection gratuit contenant des masques chirurgicaux (dont le port est obligatoire pour tous dans les lieux publics), du gel hydro-alcoolique et du désinfectant, et on lui attribue une poubelle, qu’une personne en tenue de protection collecte tous les jours pour déposer les déchets dans un container spécifique. 

Et ce n’est pas tout : « Si on découvre, quelques jours après votre retour, qu’un passager de votre avion s’avère infecté, on vient vous chercher pour vous emmener dans un centre collectif où terminer votre quarantaine. »

Une organisation qui laisse songeur. « Si on prend en compte les effectifs mobilisés, le matériel fourni et la logistique mise en œuvre, le coût total de mon retour en Chine pour les pouvoirs publics doit s’élever à au moins 300 €. Et nous sommes des dizaines de milliers à recevoir ce traitement chaque semaine ! » Sans parler de l’enjeu des libertés individuelles. Comme il le résume : « Beaucoup de questions vont se poser après cette crise ! »


Propos recueillis par Louis Armengaud Wurmser (E10), responsable des contenus ESSEC Alumni

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