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Emma Debroise (E99), comédienne dans Une Ombre : « Mon personnage peine à s’affranchir du regard des hommes, comme beaucoup de cadres supérieures »

Interviews

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31/10/2018

Emma Debroise (E99) jouera Nina dans Une Ombre au Théâtre de Ménilmontant à Paris du 24 novembre au 2 décembre. L’occasion de la rencontrer pour en savoir plus sur son parcours, son métier et les liens qu’elle fait entre art et management.

ESSEC Alumni : Comment êtes-vous passée de l’ESSEC au spectacle vivant ?

Emma Debroise : J’avais déjà envie d'être comédienne au lycée, mais ce n'était pas une option envisageable dans mon milieu familial. Paradoxalement, c’est à l’ESSEC que j'ai commencé à assumer ma vocation, en intégrant l’association Comedia, avec laquelle j'ai pu monter plusieurs spectacles et m'exercer aux différents postes nécessaires à toute création : mise en scène, scénographie, costumes, communication, budget, gestion d'équipe, planning… J’ai malgré tout fait un début de carrière dans le monde de l’entreprise, mais l'appel de la scène a fini par l’emporter. J'ai repris des études en gestion culturelle à Dauphine, dans l'espoir de travailler au moins dans le secteur qui m'intéressait. J'ai ainsi exercé en tant qu'assistante de mise en scène puis dans plusieurs sociétés de production audiovisuelle. J'y ai beaucoup appris, mais j'ai aussi compris que je n'y trouverais jamais de passerelles vers des postes plus créatifs. J’ai donc rejoint plusieurs collectifs de courts-métrages, dont Collectif Court, grâce auquel j'ai pu participer pour la première fois à des tournages de films. Puis je me suis lancée dans la réalisation d'une première fiction, Réquisitoire contre la bonté, dans lequel j'interprétais 14 personnages différents grâce à des effets spéciaux. Ce court-métrage m'a permis de trouver un agent et de commencer à vivre de mon métier de comédienne. Depuis, j'ai écrit deux autres films : À Corps Perdu, court-métrage historique et musical qui traite du sujet des femmes tondues à la Libération, actuellement en festivals ; et Je suis rentrée, TVB, court-métrage sur les violences conjugales, en cours de post-production. J'ai en outre rejoint deux compagnies d'improvisation théâtrale : d’abord Les Flibustiers de l’Imaginaire, puis Les Impromises, compagnie féminine traitant des stéréotypes de genre. Ces expériences m’ont permis de développer une activité de formation en entreprise reposant sur les techniques de l’improvisation. En parallèle, j’ai joué pour plusieurs compagnies de théâtre, dont Les Épis Noirs et plus récemment À visage découvert, que j’apprécie particulièrement pour sa dimension pluridisciplinaire (théâtre, chant et danse). Enfin, au printemps dernier, Samy Cohen m’a contactée pour sa pièce Une Ombre. À la lecture du texte, j’ai tout de suite accepté.

EA : Que raconte Une Ombre ?

E. Debroise : C’est l’histoire d’une comédienne qui sort de scène et attend dans sa loge, fébrile. Elle attend le verdict de son oncle, un comédien très célèbre. Elle l’a toujours admiré. Lui que tout le monde adule. Lui qui voit approcher son crépuscule. Ils vont s'affronter une nuit entière.
Une Ombre questionne la difficulté à exister dans l’ombre d’une personnalité écrasante. Comment trouver son identité, se faire sa place, lorsque l’autre attire toute la lumière ?

EA : Comment avez-vous abordé le personnage de Nina ? Une comédienne qui joue une comédienne – cela exige-t-il une approche, un travail particulier ?

E. Debroise : Le fait de jouer une comédienne ne m’a pas demandé de travail particulier. La scène se passe dans les loges d’un théâtre et au sein d’une relation familiale. Du coup, le métier de comédienne n’avait pas vraiment d’incidence sur l‘interprétation. En revanche, ce texte faisait fortement écho à mon expérience non seulement en tant que comédienne dans le rapport à célébrité, mais aussi en tant que femme. Car je le constate régulièrement lors de mes interventions en entreprise : les femmes, notamment les cadres supérieures, peinent encore à se mettre en avant, à prendre la place et à s’affranchir du regard des hommes. En cela, je suis rentrée immédiatement en empathie avec le personnage de Nina, ce qui m'aide probablement beaucoup à l'incarner.

EA : Samy Cohen a écrit la pièce et la met en scène. Comment avez-vous géré le fait de travailler un texte en présence de l’auteur ?

E. Debroise : Cela a été d’une grande richesse de travailler avec l’auteur. Le texte de Samy est loin d’être simple à interpréter car il alterne sans cesse les émotions et le rapport de force entre les deux protagonistes. Et puis il met en scène les obsessions des personnages, sous forme de boucles dramatiques, ce qui exige des interprètes beaucoup d’agilité. Pouvoir échanger avec l’auteur sur ses intentions, obtenir de lui des éclairages a été d’une aide précieuse. Samy a par ailleurs des qualités humaines qui, en instaurant un climat de travail reposant sur l’écoute et la coopération, rendent les répétitions joyeuses et passionnantes.

EA : Vous alternez entre cinéma et théâtre. En tant que comédienne, quelles sont les différences entre ces deux moyens d’expression artistique ?

E. Debroise : Pour moi, la différence tient surtout à une question d’endurance. Si on compare à la course à pied, c’est un peu comme courir une longue distance (au théâtre) ou en fractionné (au cinéma). Cela ne demande pas le même souffle. Au théâtre, on prend le temps de se concentrer avant de monter sur scène pour une longue performance sans interruption, tel un funambule. Au cinéma, on doit pouvoir refaire la prise autant de fois que le souhaite le réalisateur, et être prêt instantanément, en même temps que le reste de l’équipe. Le type de disponibilité demandé est donc très différent.
Le type de jeu aussi varie. Le cinéma va demander un jeu très naturel, parfois difficile à obtenir alors même qu’on doit jouer une scène délicate au milieu d’une grosse équipe technique… Et cela tout en respectant des consignes de placement et/ou de regards, en ayant conscience de la place de la caméra et de la valeur de plan afin d’ajuster son jeu et de créer l’intensité dramatique. Le théâtre joue sur des codes qui tiennent compte de la distance avec le public : volume de voix, présence corporelle, sens du tempo, expressivité. Le jeu semblera tout aussi juste aux spectateurs, mais l’intensité que le comédien obtiendra ne dépendra pas des mêmes contraintes et ne passera pas par les mêmes techniques.

EA : Y a-t-il une continuité entre les différents rôles que vous interprétez au fil de votre carrière ? Ou recherchez-vous l’éclectisme ?

E. Debroise : Personnellement, je cherche l’éclectisme et le contre-emploi. C’est d’ailleurs la raison principale qui m’a poussée à écrire des scénarios : je voulais me donner la possibilité d’interpréter les rôles qui me faisaient rêver. L’improvisation a été aussi un immense champ d’expérimentation pour élargir ma palette de jeu et m’autoriser à incarner des personnages inattendus.
Cela dit, on ne peut pas toujours jouer ce qu’on imagine. Il faut bien vivre ! Dans mes débuts à la télévision notamment, il m’est arrivé d’interpréter des personnages féminins monolithiques, voire stéréotypés. Heureusement, certains ont été plus intéressants, comme cette tueuse à gage dans un épisode de la série Falco, où je passais brutalement de victime à bourreau… J’ai trouvé cela passionnant de mettre en lumière cette ambivalence – qui est inséparable, je crois, de toute humanité.
Enfin, on ne joue évidemment pas les mêmes rôles en vieillissant, et c’est tant mieux. Le plus difficile pour les actrices de cinéma est de traverser ce « no woman’s land » professionnel entre 45 et 55 ans où la femme ne semble plus inspirer les auteurs. C’est assez révoltant de prendre conscience de ça ! Je n’y suis pas encore, mais je m’y prépare. Heureusement, l’évolution va aujourd’hui plutôt dans le bon sens, ce qui permet de voir émerger à l’écrandes personnages comme celui d’Aurore de Blandine Lenoir avec Agnès Jaoui, ou de Woman at war de Benedikt Erlingsson avec la formidable actrice islandaise Halldora Geirhardsdottir.

EA : Avoir une formation managériale et une expérience de l’entreprise vous aide-t-elle dans la pratique de votre art ? 

E. Debroise : Bien sûr. Les artistes doivent de plus en plus savoir travailler comme de véritables chefs d’entreprise pour monter leurs créations. Il faut savoir diriger et motiver une équipe, gérer un projet et développer son réseau professionnel. Mon parcours à l’ESSEC, à Dauphine et en entreprise m’a donné de solides appuis en la matière.

 

Propos recueillis par Louis Armengaud Wurmser (E10), responsable des contenus ESSEC Alumni

 

Une Ombre
Théâtre de Ménilmontant
15 rue du Retrait
75 020 Paris
Du 24 novembre au 2 décembre 2018 à 20h30
Sauf le dimanche 25/11 à 15 h et le dimanche 02 décembre à 15h et 18h
Relâche le lundi 26 novembre


Profitez d'un tarif préférentiel de 13 euros en réservant votre place avant le 10 novembre 2018 au 01 46 36 98 60 ou en ligne.

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