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Faut-il être DG pour être nommé DG ?

Conseils de pros

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16/06/2017

Pour Albert Hiribarrondo du Cabinet ALSpective, les qualités d’un futur DG préexistent à la fonction – et ne sont pas toujours acquises par les DG en place ! Reste à bien les définir pour mieux les repérer chez les personnes chassées… 

ESSEC Alumni : Le meilleur candidat pour une direction générale est-il toujours un ex-DG ?

Albert Hiribarrondo : D’évidence non. Et tous les DG du monde le sont bien devenus un jour : on ne naît pas DG, on le devient.
Dans toute nomination d’un DG, pour un contexte donné d’entreprise, avec sa culture, trois paramètres sont observés à la loupe. Le candidat pour le poste est-il le mieux placé pour appréhender la zone géographique (connaissance du pays, de sa législation), son aspect sectoriel (connaissance des marchés, des clients, de la concurrence), et enfin son aspect fonctionnel ?
Clairement, nommer un ancien DG d’une entreprise de même taille, du même pays et du même secteur n’est sans doute pas la seule, voire la meilleure décision face aux enjeux d’avenir. Dans un monde en pleine révolution sociétale et digitale, nous devons être ouverts au changement et ne négliger aucune piste. Ainsi, poursuit Albert Hiribarrondo, face aux défis d’accélération du changement, de globalisation, de mutations, de disruptions, de positionnements sur de nouveaux marchés, à inventer, et pour toute entreprise, les riches perspectives nées de la diversité des sexes, des âges, des nationalités, des parcours, nous poussent à aller chercher d’autres réponses, toujours plus larges et plus audacieuses. Le choix de nommer un DG réside toujours dans la traduction objective (mais de plus en plus complexe) du cahier des charges : maîtrise-t-il ou non les attendus de la fonction présents et futurs ?

EA : Au fil du temps, quelles sont les compétences clés à capitaliser pour devenir DG ?

A. Hiribarrondo : Il s’agit effectivement d’accumuler des compétences incontournables et, pour y parvenir, de faire du temps son meilleur allié. Avant l’âge de 30 ans, multiplier les expériences professionnelles et associatives pour innover, tester, échouer, rebondir, analyser, se cultiver, apprendre, et idéalement comprendre. Un DG est expérimenté. Avant 35-45 ans, accumuler des résultats pour développer une expertise dans une fonction ou deux, conduire des projets, suivre un budget, proposer des évolutions, déployer des solutions, ouvrir des portes, oser faire, réaliser, et idéalement performer. Un DG a des résultats. Au-delà de la quarantaine... savoir être dans la synthèse, maître de la complexité, avec l’appui des autres, la capacité de dire non, à la fois dans le management, la stratégie, les décisions, pour partager, et idéalement servir une entreprise, une communauté. Un DG montre la voie.
L’idée est d’accumuler les références, crédibles, chiffrées, et des relations, vraies, durables, avec ceux qui nous ont vus travailler. En bref, se préparer à prouver ses compétences dans une direction ou une administration (board/CA) d’un budget, d’une association, d’un syndic, d’une commune, d’une BU, d’une filiale... Le titre et le contexte importent peu.
Je pense ensuite à la motivation profonde à mobiliser ses compétences générales. Aussi importants que les compétences, les capacités d’adaptation, les goûts, les envies, les passions, les engagements du candidat potentiel seront des données clés pour faire de lui une ressource précieuse, d’avenir. Pour être DG, ses aspirations personnelles doivent se rapprocher de la mission de l’entreprise cible, des valeurs de la gouvernance, de la culture de l’équipe dirigeante, des ambitions attendues dans la fonction d’un DG, avec le goût de constituer, piloter, développer une équipe ; gérer un budget, trouver des recettes, contrôler des dépenses ; générer des profits, créer de la valeur ; réaliser des changements positifs. Être DG doit être/devenir un engagement naturel au service d’une cause : celle de l’entreprise. Si les deux ne correspondent pas, il est plus sage de passer son chemin.

EA : Y a-t-il enfin un charisme particulier à avoir pour être repéré comme candidat DG ?

A. Hiribarrondo : Oui. Je pense ici à certaines valeurs essentielles pour réussir dans un poste de DG. Il faut savoir donner avant de recevoir. Et j’apprécie les candidats qui savent s’attribuer les devoirs d’un DG, avant même d’en avoir le titre – les droits viennent ensuite –, les personnes qui savent authentiquement se mettre au service de leur groupe, entreprise, association, équipe...
C’est par conséquent mon conseil : pour être vu comme un futur DG, l’être déjà au quotidien ! Être notamment :

  • un leader authentique, capable de comprendre, d’entreprendre et de partager. Prêt à inspirer des vocations de leaders autour de soi ;
  • au service de tous, et non l’âpre défenseur de sa seule fonction au sein du CODIR. Volontaire pour des défis, transverses, impactant toute l’entreprise ;
  • ouvert et engagé, avec déjà des responsabilités « extérieures » et des mandats extraprofessionnels, associatifs, sociaux, familiaux, etc. Présent peut-être dans des formations pour son école d’origine, des boards de filiales, des projets internationaux, des fondations... ;
  • connecté, relié : moderne, dans un monde de plus en plus dépendant des technologies ; sincèrement attentif à l’entretien d’un large carnet d’adresses, et de contacts de qualité.

Au final, pour être recruté comme DG, j’encourage à se faire confiance, en devenant dès aujourd’hui un DG... de sa propre vie, naturellement perçu par les autres comme un leader exemplaire : « L’exemple n’est pas le meilleur moyen pour entraîner les autres, c’est le seul » (Albert Schweitzer).

 

Article proposé par Solveig Debray, du Service Carrière, et paru dans Reflets #115. Pour s’abonner, cliquer ici.

 



Illustration : © Pressfoto / Freepik

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