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Sophie Ricard (E08) : « Bleu Blanc Ruche se bat pour le repeuplement des abeilles »

Interviews

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27/01/2020

Sophie Ricard (E08) a pris la direction marketing et commerciale de Bleu Blanc Ruche, marque de miels responsables et 100 % français fondée par Arnaud Montebourg. Elle explique pourquoi les abeilles sont menacées d’extinction – et comment les sauver. 

ESSEC Alumni : Comment votre parcours vous a-il menée jusqu’à Bleu Blanc Ruche ?

Sophie Ricard : Je cherchais une nouvelle opportunité professionnelle en Bourgogne quand j’ai appris qu’Arnaud Montebourg projetait d’ouvrir l’école d’apiculture EHEA et de lancer la marque de miels Bleu Blanc Ruche à Dijon. J’ai postulé sans hésiter : mettre mon expertise marketing au service d’une noble cause, c’était donner plus de sens à ma carrière. Ceci étant le « Made in France » est loin d’être une découverte pour moi : j’ai débuté en Suisse pour vanter les mérites du « Swiss Made », puis j’ai travaillé sur des produits fabriqués en Haute-Savoie et en Mayenne. J’ai en outre toujours choisi des postes à fort impact social. 

EA : Où en est la baisse de la population des abeilles ? 

S. Ricard : En 30 ans, plus de 75 % des insectes volants, dont font partie les abeilles, ont disparu en Europe1, tandis que dans l'Hexagone, 13 à 25 % des ruches n'aurait pas survécu à l'hiver entre 2011 et 20162. Certains apiculteurs bretons ont même perdu plus de 80 % de leur cheptel en 2018. En cause : la multiplication des maladies et des prédateurs ainsi que les perturbations de l’environnement – pesticides, modification des paysages, réduction de la biodiversité…

EA : Quelles seraient les conséquences d’une extinction totale ?

S. Ricard : Si la disparition de l'Apis mellifera, c'est-à-dire l'abeille à miel, nous préoccupe autant, c'est qu'elle contribue grandement au processus de pollinisation. Or 35 % de notre alimentation dépend de l'action des insectes pollinisateurs3. Sans eux, nous pourrions dire adieu à la courgette, au concombre, aux cornichons, aux courges, à l’amande, à l'avocat, aux carottes, aux pommes, ou encore aux kiwis. Évidemment, nous n’aurions pas non plus de miel… 

EA : Comment enrayer cette baisse ?

S. Ricard : Toute pratique plus respectueuse de l’environnement se répercutera positivement sur les abeilles. Les pesticides tuent les insectes : il faut aider les agriculteurs à trouver des solutions alternatives, ainsi que soutenir la filière bio, la permaculture et la production locale. La mise en culture des surfaces, la disparition des haies et sous-bois, ou encore les constructions neuves sur des sols auparavant jonchés de fleurs sauvages minimisent les ressources alimentaires des abeilles : il faut leur redonner de quoi se nourrir. Les sécheresses s’aggravent, empêchant les abeilles de trouver suffisamment de nectar dans les fleurs pour se désaltérer : il faut lutter contre le réchauffement climatique. 

EA : Le citoyen peut-il agir à son échelle ? 

S. Ricard : Des gestes plus simples, à la portée de chacun, sont possibles. Par exemple, disposer une coupelle remplie d’eau à sa fenêtre en été permet aux abeilles de s’abreuver. Planter des graines mellifères ou nectarifères, même sur un balcon, leur offre en outre de quoi butiner. 

EA : Quelles solutions propose Bleu Blanc Ruche ?

S. Ricard : La médiatisation de notre cause par Arnaud Montebourg a déjà permis de faire bouger les choses. Bleu Blanc Ruche, c'est avant tout une marque de combat, en faveur du repeuplement des abeilles. Nous commercialisons exclusivement des miels français, récoltés sur notre territoire par des apiculteurs professionnels respectueux de l’environnement, que nous rétribuons au juste prix pour qu’ils puissent augmenter leur cheptel et le nombre de leurs ruches.

EA : Comment vous assurez-vous que vos apiculteurs jouent le jeu du repeuplement ?

S. Ricard : C'est tout simple ! La marque s'engage à acheter les miels à un prix supérieur aux cours du marché, en échange de quoi les apiculteurs s’engagent par écrit à investir en augmentant le nombre de leurs ruches. Quant à nos clients, ils peuvent s’assurer de la réalité de cette hausse car nous publions notre bilan de repeuplement chaque année sur notre site Internet, sous la forme d’un compteur. 

EA : Et comment vérifiez-vous que vos miels sont bien made in France – à toutes les étapes de leur production ?

S. Ricard : Nos miels ne sont pas seulement made in France, ils sont labellisés « Origine France garantie » : les apiculteurs avec lesquels nous travaillons, comme notre conditionneur, sont contrôlés par l’AFNOR. Et le nom de l’apicultrice ou de l’apiculteur qui a fait le miel est toujours visible sur le couvercle des pots, ainsi que le lieu de son exploitation. Cet effort de traçabilité est très important, particulièrement quand vous intervenez sur un marché aussi disputé et exposé aux fraudes que celui du miel. 

EA : Le fait est que de nombreux scandales ont éclaté ces derniers temps quant à la composition des miels vendus en France…

S. Ricard : Aujourd’hui, la France ne parvient plus à produire tout le miel qu'elle consomme. Elle importe donc des miels du monde entier. Or certains producteurs peu scrupuleux pratiquent un procédé appelé adultération, consistant à couper le miel au sirop industriel ou à donner du sucre pour nourrir artificiellement les abeilles pendant la miellée. En 2015, l'Union Européenne a publié une étude révélant que sur 1200 miels d'importation, plus de 30 % présentait un caractère frauduleux ! Les consommateurs doivent donc faire très attention. 

EA : Quels résultats a obtenus Bleu Blanc Ruche jusqu’ici ?

S. Ricard : Nous avons repeuplé de 162 000 000 d’abeilles en 2018 ! L’année 2019 a été plus difficile, la météo n’a pas été très clémente, le chiffre sera peut-être moins élevé… Côté business, nous sommes satisfaits : nous avons lancé notre activité en vente directe, ce qui nous permet d’expliquer ce que nous faisons directement aux clients. Prochaine étape : le vrac, car le meilleur déchet, c’est celui que l’on ne crée pas ! 

EA : Quelles sont les perspectives pour les années à venir ?

S. Ricard : Difficile à dire. Les apiculteurs professionnels sont de moins en moins nombreux et si leur nombre continue de s’éroder, la France sera contrainte d’importer toujours plus de miels étrangers. Le climat aura une incidence certaine : des exploitations pourront voir le jour dans des zones où l’on ne pratiquait habituellement pas l’apiculture, d’autres en revanche souffriront de sécheresse et d’épisodes climatiques extrêmes incompatibles avec l’activité apicole. Mais soyons optimistes : les entreprises se responsabilisent, les élus se mobilisent, les consommateurs deviennent des consomm’acteurs, conscients et vigilants. À nous de faire grandir cet élan ! 


Bleu Blanc Ruche propose une offre spéciale aux alumni adhérents ou cotisants, à découvrir ici.

Propos recueillis par Louis Armengaud Wurmser (E10), responsable des contenus ESSEC Alumni

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1 Selon une étude allemande parue dans la revue scientifique Plos One en 2017

2 Selon l'association de recherche sur l'abeille mellifère Coloss

3 Selon l'agence de l’ONU IPBES

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