« La vie est faite de rencontres et de drôles de hasards », Rencontre avec Laurence Fischer (E05)
Triple championne du monde de karaté, diplômée du programme Grande École de l’ESSEC (MSc in Management) et de la Chaire internationale de marketing sportif, Laurence Fischer (E05) a été choisie pour être marraine du Gala 2026. Elle accueille ce choix comme « un honneur, mais également un symbole. Au travers de mon parcours, les étudiants ont salué une manière d’aborder le monde et une capacité à faire un pas de côté ».
Rencontre.
Votre parcours mêle sport de très haut niveau, engagement dans les ONG et expérience au sein de grands groupes internationaux. Quel est le point commun entre toutes vos expériences ?
Le fil rouge de toutes mes expériences est sans conteste l’humain. Mon parcours est le résultat de beaucoup de travail mais également le fruit de rencontres. J’ai eu le privilège de pouvoir choisir ce que je voulais faire. En toile de fond, le sport est bien sûr toujours très présent. Je reste convaincue que le sport est un formidable vecteur de santé, de bien-être et je dirais même de « vivre ensemble », même si cette formule est sans doute un peu galvaudée aujourd’hui.
Que retenez-vous de votre expérience en entreprise ?
Sans surprise, j’ai choisi de travailler dans une entreprise en lien avec le sport. Lorsque j’ai rejoint le groupe Nike, je venais tout juste d’arrêter ma carrière d’athlète. Je me posais la question de savoir si mes expériences étaient transférables. Dans une entreprise comme Nike, il y a une narration et une identité très forte. Dans le même temps, les exigences business sont très présentes. C’était finalement très aligné avec ce que j’avais appris à l’ESSEC.
Au sein du groupe Nike, vous avez travaillé dans le département femmes. Quelle était alors la stratégie ?
Nous étions au tout début de la création de lignes de vêtements dédiées aux femmes. Il faut bien avoir à l’esprit qu’au début de ma carrière de karatéka, nous recevions les restes des tenues des garçons. Je me souviens, par exemple, avoir reçu une tenue en taille XL. Aujourd’hui, je mesure le chemin parcouru. Les équipementiers prennent en compte les morphologies. Les vêtements sont adaptés aux femmes, aux sportives enceintes ou encore à celles qui portent le hijab. J’ai aimé cette réflexion qui s’accompagnait d’une valorisation des athlètes françaises.
Votre parcours est marqué par votre engagement en faveur des femmes. Quels ont été les éléments déclencheurs ?
À titre personnel, je n’ai jamais souffert de violence ou de discrimination. Néanmoins, j’ai très vite pris conscience des inégalités dans le sport. Par exemple, lorsque j’arrête ma carrière d’athlète en 2006, il n’y avait que trois catégories de poids en karaté femme, contre cinq pour les hommes.
Mon premier déclic advient en 2005. Dans le cadre d’une de mes UV ESSEC, je m’engage aux côtés de Sport sans Frontières (aujourd’hui Play International, NDLR). Je me rends à Kaboul pour accompagner le programme de formation des professeurs de sport et enseigner à la première équipe nationale féminine de karaté. Cette expérience a été une première prise de conscience des inégalités. Ces jeunes femmes qui venaient pratiquer le sport le faisaient parfois au péril de leur vie. Je pense que la vie est faite de rencontres et de drôles de hasards. Le second déclencheur arrive un peu plus tard, en 2013. Au forum mondial des femmes francophones, je rencontre le docteur Denis Mukwege, gynécologue spécialiste de la chirurgie réparatrice dans son pays, en République démocratique du Congo. Dans ce pays, le viol est utilisé comme arme de guerre. La réparation est vitale. Elle passe par la chirurgie, mais aussi par le corps et l’esprit.
En 2017, vous fondez votre ONG Fight for Dignity. Quel est l’objet ce cette ONG ?
En 2010, je cours le Marathon pour la Paix au Burundi. Une course hautement symbolique avec la présence de nombreux athlètes engagés. Il se trouve que la femme du co-organisateur, Susanne Alden travaille avec le Docteur Denis Mukwege. Elle participe à la mise en place d'un programme holistique post opératoire au seijn de la Maison Dorcas Fondation Panzi. Ce programme se base sur quatre piliers : médical, psychologique, juridique et socio-professionnel pour permettre aux survivantes de retrouver leur autonomie. Dans ce cadre là, je crée une méthode de karaté thérapeutique, basée sur une réponse aux symptômes post traumatiques pour qu'elles reconnectent à leur corps et retrouvent confiance en elles.
Fight for Dignity est né de l’écoute de ces survivantes. Au travers d’exercices de karaté simples et qui ne sont pas des exercices de self-defense, nous les amenons à se reconnecter à leur corps. Aujourd’hui, nous avons formé 28 enseignants dont 19 actifs dans des structures médicalisées sur l'ensemble du territoire français et deux enseignants en RDCongo.
Il faut bien avoir à l’esprit qu’une femme sur trois dans le monde a vécu des violences physiques et sexuelles. Quand le sport s'adapte aux conséquences de celles-ci, il devient une solution. Sachant cela, il est du devoir du sport de se mettre à leur service. C'est un réponse à un problème sociétal grave et invisibilisé.
Le non-jugement, la bienveillance, le consentement sont des valeurs fondamentales du sport elles sont fondamentales dans le cadre d’une réparation.
Vous êtes la marraine du Gala 2026 de l’ESSEC. Qu’est-ce que cela signifie pour vous d’endosser ce rôle ? Quel message aimeriez-vous adresser aux étudiants ?
Je suis très honorée du choix des étudiants. J’y vois la reconnaissance d’un parcours atypique, qui montre qu’il est possible de suivre des chemins différents tout en restant engagé et performant. J’aimerais leur dire de ne pas se limiter à un parcours « attendu ». Il est possible de conjuguer ambition professionnelle, entrepreneuriat et engagement au service de l’intérêt général.
Ce que j’ai aimé à l’ESSEC, c’est la diversité des profils et la liberté de trajectoire. C’est une force. Mon message est simple : osez faire un pas de côté lorsque cela vous semble juste.
GALA ESSEC 2026 - 18 avril 2026 - Hôtel Intercontinental Paris Le Grand
Propos recueillis par Chloé Consigny (M07)
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