“Ce n'est pas la mode d'être engagé en faveur de l'environnement”, Arnaud Vanpoperinghe (E95), CEO Tikamoon
Construire des meubles qui traversent les générations : tel est l'engagement d'Arnaud Vanpoperinghe (E95), qui, en 2010, fonde la marque d'ameublement Tikamoon. Seize années plus tard, malgré la hausse des matières premières et le backlash sur les sujets environnementaux, ses convictions restent intactes. Il vient de lancer Circle, une offre de seconde main.
« Auparavant, les héros de l'entreprise étaient les traffic managers. Aujourd'hui, ce sont nos ébénistes », se réjouit Arnaud Vanpoperinghe. Fin 2025, Tikamoon a lancé Circle, un programme de rachat revente de meubles en seconde main. Le principe : tout client ayant déjà réalisé un achat chez Tikamoon peut revendre son meuble à la marque, qui le restaure dans ses ateliers du Nord de la France avant de le remettre en vente. En contrepartie, le vendeur reçoit un bon d'achat compris entre 30 et 60 % du prix d'origine, quel que soit l'âge du meuble. Tikamoon a déjà restauré 7 000 unités et estime à un million le nombre de meubles éligibles au rachat en circulation en Europe.
L'idée est née d'un constat simple. « Nous construisons des meubles qui durent 100 ans. Ils sont aujourd'hui très recherchés en seconde main, car les goûts, les besoins et les envies changent. Avec Circle, nous proposons une offre de rachat à vie. »
Slow furniture
Circle vient prolonger un modèle initié dès 2010 autour d'une promesse claire : des meubles design, durables et respectueux de l'environnement. « Être vertueux ne suffit pas. Il faut adjoindre nos engagements à un vrai service client. Circle vient prouver la durabilité de nos produits. » Le groupe commercialise aujourd'hui des meubles en chêne massif, en acajou et en teck, dans une large palette de prix, ce qui lui permet d'adresser une clientèle variée. Le bois est au cœur du modèle. Tikamoon s'approvisionne en France, en Europe de l'Est et en Asie. « Nous sommes agnostiques quant à la provenance du bois, mais très attentifs à son prélèvement. Nous choisissons des bois matures, replantés après prélèvement. » Seuls 10 % des bois prélevés proviennent de France, un arbitrage assumé pour maintenir des prix abordables. « Le bilan carbone devient non significatif pour un meuble qui dure 100 ans », explique le dirigeant.
Intuitif participatif
Celui qui se définit comme un « intuitif participatif » concède avoir mis « un mouchoir sur son cœur durant deux décennies », au fil d'un parcours en cabinets de conseil et grands groupes. Son modèle d'entreprise de référence est Patagonia. « J'ai beaucoup souffert du devoir d'objectiver. Aujourd'hui, je peux déployer ma singularité managériale. À la création d'une entreprise, il faut d'abord survivre. Pour cela, il faut décoller. »
Pour décoller, il a d’abord misé sur le digital, le marketing et les traffic managers, en s'appuyant sur l'écosystème nordiste, riche d'un vivier de talents digitaux et logistiques façonné par les géants de la distribution. En quinze ans, le groupe est passé de 5 à 250 collaborateurs, et son chiffre d'affaires de zéro à 110 millions d'euros. Tikamoon est aujourd'hui présent dans neuf pays européens et s'est implanté aux États-Unis il y a un an et demi, juste avant le retour de Donald Trump au pouvoir. « Nous n'avons pas eu de barrière à l'entrée », constate Arnaud Vanpoperinghe. Il concède toutefois que le contexte est difficile. « Ce n'est pas la mode d'être engagé en faveur de l'environnement. Il y a eu d'abord l'indifférence verte, puis la période de prise de conscience post-Covid, puis celle du greenwashing. Nous sommes désormais dans un moment de green bashing. Finalement, je pense que nous préférons plaire beaucoup à peu de gens que plaire un peu à beaucoup de personnes. »
Nouveaux défis
À ce contexte s’ajoutent des défis plus immédiats. La guerre en Iran, d'abord, dont les répercussions restent incertaines. « Pour l'instant, nous n'avons aucune idée des conséquences à long terme. Mais l'impact des prix du pétrole se répercute directement sur notre activité. Nous vendons à distance : la hausse du brut pèse à la fois sur nos prix et sur le pouvoir d'achat de nos clients. »
L'IA, ensuite, qui « change la donne ». Tikamoon l'a déjà intégrée à ses fonctions supports : les conseillers clients, qui répondent en six langues, sont assistés par intelligence artificielle. Arnaud Vanpoperinghe scrute également la transformation des comportements d'achat, avec 41 % des consommateurs qui interrogent désormais une IA avant de se lancer dans un achat (Source : étude National Retail Federation X IBM Institute for Business Value). Un basculement que la marque entend anticiper plutôt que subir. « Nous sommes embarqués et nous restons très vigilants quant à l'utilisation de l'intelligence artificielle. »
Embarqué et lucide, Arnaud Vanpoperinghe est déterminé à ne pas dévier du cap, d'autant que ses équipes comptent sur lui. « Nos talents nous rejoignent parce que nous sommes engagés. Dans un monde à +3 °C, nous voulons prendre notre part. » Et de conclure : « Je suis certain qu'il y a de la place pour une croissance profitable, mais respectueuse des hommes et de la planète. »
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