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« Le Collège des Bernardins est une école du dialogue », Yann Le Touher, délégué général de la Fondation des Bernardins

Actus des alumni

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21/05/2026

Yann Le Touher (E07) vient d’être nommé délégué général de la Fondation des Bernardins. Ce double diplômé (ESSEC + école du Louvre) a consacré l’ensemble de sa carrière au mécénat d’art et de culture. Interview. 

Vous venez de rejoindre la Fondation des Bernardins. Quelle est votre mission ?

J'ai rejoint la Fondation des Bernardins qui est le véhicule philanthropique du Collège des Bernardins. Chaque année, la Fondation lève entre 5,5 et 8 millions d'euros et participe au financement des activités du Collège à hauteur de 40 %. Ces dons proviennent très majoritairement des particuliers. Ma mission est de consolider le segment des particuliers, tout en augmentant la part des dons en provenance des entreprises.

Quelles sont les différentes activités du Collège ?

Le collège a différentes missions. La première c’est la formation, avec des cours de théologie, de philosophie, de spiritualité, d’art ou encore de littérature, ouverts à tous et dispensés in situ. L’offre de formation se décline également en ligne via le « Campus des Bernardins », avec 105 propositions de cours filmés, audios, MOOCs et mini-séries. C'est une façon extraordinaire de faire rayonner le Collège au-delà des murs. La deuxième activité, c'est la Recherche, avec une vraie spécificité : tous les sujets de recherche ont attrait à l’Homme et à l’humain. Six départements et 270 chercheurs travaillent sur des thèmes très contemporains : l'environnement, l'IA, ou encore les banlieues… La particularité, c'est le binôme entre un chercheur extérieur et un théologien. C'est ce qui fait la signature de la Recherche aux Bernardins. Le Collège est également un lieu de débats avec des cycles de conférence proposés tout au long de l’année. Ces débats sont pensés sur le modèle de « la disputatio » dans le respect de l’autre. Enfin, le Collège des Bernardins est un lieu de rayonnement d’art et de Culture. En ce moment, nous nous sommes donnés pour objectif de jouer l'intégralité de l'œuvre de Mozart sur une année entière.

Sur quels piliers repose le modèle économique du Collège des Bernardins ?

Le modèle économique repose sur trois piliers. Le premier est lié à la formation des prêtres, financée via l'Œuvre des vocations. Le deuxième regroupe les ressources propres du lieu : billetterie des concerts, conférences et recettes issues des privatisations (événements privés, dîners, cocktails). Le troisième, et en réalité le premier financeur du Collège, est la Fondation. Au-delà du modèle économique, le Collège des Bernardins se définit avant tout comme une école de dialogue, c’est-à-dire une passerelle entre la sagesse et le monde contemporain. Ses responsables aiment l'image du parvis : un espace ouvert à tous, dédié à l'échange et à la rencontre, mais « à l'ombre d'un clocher », c'est-à-dire adossé à une tradition de pensée et de sagesse. Réchauffer les cœurs par la beauté et l'architecture, éclairer les esprits par la formation et le débat : dans une société toujours plus fragmentée, cette mission prend une résonance particulière. 

Comment convaincre les entreprises de s'engager ?

Il y a plusieurs leviers. D'abord, le lieu lui-même : deux auditoriums, la grande nef, de nombreuses salles… C'est un cadre exceptionnel pour des événements d'entreprise. Ensuite, la formation : nous pouvons organiser des séminaires thématiques animés par nos meilleurs spécialistes. Et enfin, le rôle de think-tank : sur des sujets comme l'IA et l'éthique, la géopolitique ou la finance, le Collège peut devenir un espace de réflexion pour les entreprises. Nous avons, par exemple, accueilli récemment un colloque international sur la finance religieuse, avec un écosystème construit autour de ces thématiques.

L'ancrage catholique n'est-il pas un frein pour les entreprises ?

Cela peut l'être pour celles qui ne vont pas plus loin que la première impression. Le Collège est effectivement une initiative du diocèse de Paris, fondé en 2008 par le cardinal Lustiger, né juif, converti et devenu prêtre, évêque puis cardinal. Cette histoire particulière a précisément forgé la vocation du lieu : être un espace de dialogue entre la sagesse judéo-chrétienne et le monde contemporain. Lors de notre colloque sur la finance religieuse, nous avons réuni dans la même salle des acteurs musulmans, juifs, chrétiens… dans un contexte international très tendu. C'est précisément ce que le Collège sait faire : être un tiers de confiance pour permettre le dialogue.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours ? Quels liens entretenez-vous avec les alumni ? 

J’ai commencé par étudier à l’École du Louvre, avant de compléter ma formation à l’ESSEC. J'ai ensuite travaillé dans différents musées : le musée d'Orsay, le Centre Pompidou, le Grand Palais, le Louvre et j’ai traversé toutes les périodes de l'histoire de l'art. Puis j'ai entamé une deuxième partie de carrière dans les fondations, d'abord à la Fondation Art Explora, dont la mission est de rendre l'art accessible au plus grand nombre. L’expérience en fondation est plus agile, presqu’entrepreneuriale. J’ai rejoint la Fondation des Bernardins qui a, à mon sens, une utilité très forte dans le monde d'aujourd'hui. Mon travail aujourd'hui est la synthèse de mes formations : je suis ancré dans les chiffres, la gestion et les business au service de l’intérêt général. Si mon parcours peut sembler atypique au regard de mes anciens camarades de l’ESSEC, le lien avec les alumni demeure. Plusieurs anciens ESSEC sont aujourd’hui bénévoles ou donateurs de la Fondation des Bernardins. 

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la philanthropie en France ? Est-il plus difficile de lever des fonds aujourd’hui ?

Je constate que la concurrence s'est accrue. Beaucoup d'institutions culturelles et associatives se sont rendu compte qu'elles ne pourraient plus vivre uniquement de subventions publiques, et se sont tournées vers le mécénat privé. Le métier s'est professionnalisé du côté des fundraisers comme des grantmakers. En volume, la philanthropie progresse et dans le même temps, la sélectivité s’accroit. Du côté des entreprises et des fondations, se développe une « philanthropie de la confiance », avec moins de reporting et de dossiers. Ils font confiance aux bénéficiaires, et participent aussi au fonctionnement. Cette évolution est saine, parce que les associations passaient plus de temps à monter des dossiers qu'à faire leur vrai métier.

La fiscalité incitative française est-elle menacée ?

En France, nous avons probablement le dispositif le plus incitatif d'Europe. Mais il faut rester vigilant. Il y a déjà eu un ajustement : au-delà de 2 millions d'euros de mécénat, la réduction pour les entreprises passe de 60 % à 40 %. Si nous allions plus loin, ce serait un vrai risque pour tout un pan de notre modèle social, car beaucoup d'œuvres associatives et philanthropiques prennent le relais des pouvoirs publics sur des missions d'intérêt général.

Quels sont vos grands projets à venir ?

Nous préparons les 20 ans des Bernardins en 2028. Le grand chantier, c'est la rénovation de la nef par l'architecte Jean-Michel Wilmotte. L'objectif est de retrouver la symétrie originelle du lieu et, surtout, d'améliorer drastiquement l'acoustique : diviser par deux l'écho actuel pour atteindre le standard des grandes salles de concert. Ce sera la seule salle de concert dans une architecture du XIIIe siècle au monde. Par ailleurs, notre sujet actuel est celui de l’intelligence artificielle. C’est un sujet qui interroge l’humanité et que le Collège va porter à l'échelle de tous ses métiers : recherche, débats, conférences, et même sur le volet artistique avec les questions de créativité et de droits d'auteur. 


 

 

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