Rencontre débat avec Nicolas Dufourcq, Directeur Général de Bpifrance
À l'occasion de la sortie de son ouvrage, La Dette Sociale de la France, aux Éditions Odile Jacob, Nicolas Dufourq, Directeur Général de Bpifrance était l’invité de la Maison des ESSEC.
Un événement organisé par le Club ESSEC Alumni Immobilier, Villes et Territoire, en partenariat avec le Club ESSEC Alumni Industrie, sous la modération d'Edouard Dequeker, Professeur à la Chaire d’Économie urbaine de l’ESSEC. Morceaux choisis.
« Le secret de famille de la société française n’est pas la dette. Tout le monde en connaît l’existence. Mais c’est qu’elle est sociale. Deux tiers de la dette publique française financent des prestations sociales. Il s’agit d’un crédit à la consommation, et non d’un investissement dans le futur de la France ou dans sa défense contre des ennemis. Elle paie les factures mensuelles de millions de nos concitoyens », indique Nicolas Dufourq en préambule de son ouvrage.
Alumni et étudiants étaient réunis lundi 23 mars à la Maison des ESSEC pour entendre et échanger avec le patron de la banque publique d’investissement. Il est d’abord revenu sur la genèse de son livre. « Je me rends compte que mes livres sont d’abord destinés à répondre à mes propres interrogations. En tant que patron de Bpifrance, j’étais incapable de répondre à une question simple : de quoi la dette française est-elle constituée ? Je me suis donc plongé dans les comptes publics et j’ai réalisé une cinquantaine d’entretiens avec des politiques, des économistes, des syndicalistes, des philosophes et des fonctionnaires ».
Son enquête porte sur la période 1974 – 2024. « Sous François Hollande et Michel Sapin, il y avait encore un vague souvenir de la notion de rigueur budgétaire. Cependant, à partir de la crise des gilets jaune, tout s’efface. Nous entrons alors dans un territoire inconnu où plus personne ne parle de discipline budgétaire. Ce territoire a débuté avec le « quoi qu’il en coûte » et s’est poursuivi avec « le bouclier tarifaire » ». Une façon de procéder qui auraient été jugée punissable dans les années 80-90, époque à laquelle il était étudiant.
Déni de réalité
Pour Nicolas Dufourcq, tout discours de vérité est aujourd’hui inaudible ; tant du côté des citoyens que des décideurs publics. « Nous sommes dans une société qui reste pétrifiée dans son imaginaire des années 60 et 70 et nous nous berçons d’illusions ». Le déni français dénote au regard de l’attitude des autres pays d’Europe. « Au Nord de l’Europe, les pays ont mené un important travail afin d’arrêter le dérapage de la dette. En Allemagne, par exemple, les années qui ont suivies la réunification ont été difficiles pour la population ». Les pays du Sud de l’Europe ; pour leur part, ont eux aussi, effectué ce travail, mais très souvent contraints et forcés, à l’instar de la Grèce. Pour le patron de Bpifrance, c’est en France que le tabou perdure. « Il faut que la France parvienne à créer de la valeur dans des proportions semblables aux protections qu’elle a mise en place », met en garde l’auteur, qui à la fin de son livre a listé douze pages de minima sociaux.
Le cas échéant, la France doit revoir drastiquement son train de vie. Et de conclure : « La seule lumière aujourd’hui est la création de valeur par les entrepreneurs », tout en déplorant des montants alloués à l’innovation « faibles à l’égard de l’effet d’échelle nécessaire pour concurrencer des pays tels que la Chine ».
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