Jérôme Barthélémy (E97), producteur, Caïmans Productions : « Le court métrage est un espace de liberté sans équivalent »
Fille de l’eau, écrit et réalisé par Sandra Desmazières, a remporté le César 2026 du meilleur court métrage d’animation. Son producteur, Jérôme Barthélémy (E97), revient sur les défis qui traversent aujourd’hui le secteur de l’animation.
Cette distinction était-elle attendue ?
Je ne peux pas dire que nous l’attendions, mais nous l’espérions beaucoup. La concurrence était particulièrement forte cette année, avec deux autres excellents courts métrages en compétition. Nous restions toutefois confiants quant au potentiel du film. Fille de l’eau avait déjà voyagé dans près d’une centaine de festivals. Porté par une histoire aux résonances universelles, le film a reçu un très bel accueil à l’international.
Votre société, Caïmans Productions, produit de nombreux courts métrages. Pourquoi le choix du court ?
Le court métrage est un format particulier qui offre une grande liberté. Il permet d’expérimenter des techniques très différentes. Dans Fille de l’eau, par exemple, toute la couleur est réalisée à la main, ce qui donne au film sa qualité et sa grande force artistique. Cette technique aurait sans doute été difficile à mettre en œuvre sur un long métrage, notamment pour des raisons financières. Nous aimons le côté artisanal du court, ainsi que la liberté qu’il offre aux scénaristes et aux réalisateurs. Pour certains réalisateurs, le court métrage est considéré comme un format à part entière dans lequel ils construisent toute leur œuvre.
Travaillez-vous régulièrement avec les mêmes réalisateurs ?
Fille de l’eau est le cinquième court métrage de Sandra Desmazières et nous travaillons actuellement sur son prochain court. Au fil des projets, il y a bien sûr un lien fort qui se noue entre producteurs et réalisateurs.
Quel est l’impact de l’intelligence artificielle sur votre industrie ?
Dans l’industrie de l’animation, l’intelligence artificielle suscite aujourd’hui de réelles inquiétudes. Il faut rappeler que le secteur traverse déjà une période difficile, avec des volumes de production en recul. Beaucoup de techniciens se sentent menacés. Nous voyons déjà apparaître sur les plateformes de musique des morceaux entièrement générés par l’IA, et il est probable que des films produits de cette manière déferlent très bientôt par milliers. Pour ma part, je considère que l’intelligence artificielle reste avant tout un outil. Et je fais confiance au public : je ne pense pas que des films générés par l’IA puissent remplacer de véritables œuvres.
Qu’en est-il des scénaristes et des réalisateurs ?
Je constate que l’usage de l’intelligence artificielle dépend de la personnalité des artistes. Les réalisateurs les plus adeptes de technologie s’en emparent, tandis que d’autres ne le font pas.
L’utilisation de l’IA pourrait-elle être une réponse à la baisse des financements ?
Les budgets sont en baisse, quels que soient les types de financement : service public, chaînes privées et collectivités locales. Il faut donc trouver des solutions. Les sociétés de production sont de plus en plus nombreuses aujourd’hui à opter pour des coproductions européennes. Par exemple, Fille de l’eau a été produite avec des partenaires aux Pays-Bas et au Portugal. Nous cherchons la coopération sur tous nos projets et nous essayons également de nous fédérer entre producteurs.
Propos recueillis par Chloé Consigny (M07)
©Photo : Anaïs Massé – ENS Louis-Lumière pour l’Académie des César 2026
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